Panégyriques sur une casserole

Ce poème fut écrit à la suite des soirées de casseroles qui ont eu lieu à Sudbury. Que les manifs aient pris cette forme, et que cette expression particulière de solidarité soit celle qui a pris de l’ampleur partout au pays mérite, je crois, notre attention.


i.
là où j’l’ai échappée au sol
y a quelques soirées
soupers
semaines
petite concavité
aux frappes de la cuillère
résonne
«bonjour»
«réveille»
raisonne

taches noires
témoignent de la soirée
où on a brûlé
le spaghetti
le riz
les justes desserts
la sensibilité

(c’était quand même
par accident)

où sont-ils
les mille
milliards d’repas
que l’on expose
dans les boulevards…?

notre vaisselle
drum core arythmique
lavée dans la poussière
l’essence
l’essentialisme
le courant
dans la rue

je crie l’alarme
sur l’eraflure
qu’il a fallue
pour enlever
une croûte brûlée
de mélasse noire

et quelle sonate

poêle et cuillère
réchauffant bien
ce qu’on n’avalera
jamais

j’ai faim
mais beaucoup moins envie
de m’mordre la langue

j’ai l’goût du métal
inoxydable
le son du sang
le goût d’érable

 

ii.
nos vieilles photos:
faudra ‘xpliquer
à nos enfants
qu’on a eu tort

que leur cacaphonie
dans la cuisine
à trois, quatre ans

—on n’avait pas compris
encore
que c’est comme ça
la politique

faut fouiller dans l’cabinet
sous l’évier
pour trouver sa voix

Primordialogues inédits

Toutes les deux semaines, depuis quelques mois, je prépare une petite section de poésie pour le journal Le Voyageur. Dernièrement, je m’inspire des nouvelles que j’ai couvertes afin de produire des poèmes parfois plutôt absurdes. Cette semaine, nous n’avions pas assez d’espace dans le journal pour publier le poème d’actualité. Si vous êtes lecteurs du journal Le Voyageur, essayez donc de deviner les histoires qui ont inspirées le texte!

Si vous me permettez, je vous invite à me soumettre des textes poétiques pour la rubrique poésie de Le Voyageur.


voyages, le 23 mai 2012

je m’entoure de livres comme un observatoire de neutrinos
s’entoure de roche s’enfouit dans le bouclier canadien
et cherche à décortiquer le destin d’à peu près tout
ce qu’on ne peut et ne peut pas voir

l’énergie noire des physiciens fait rayonner l’univers
vers l’infini de plus   en plus   rapidement
la synergie de l’esprit et la page blanche
fait krak boom big bang
big crunch

j’ai un poème entre les dents

je tiens ma plume comme le bras
d’une machine à sous
si je perds les lumières   s’éteignent
le trou noir m’aspire
les physiciens

applaudissent

je tombe dans la page blanche comme un astéroïde
tombe sur la terre   creuse le lac Wahnapitae
ici   un jour   il y aura des poissons
ici   un jour   il y aura une Première Nation
ici   un jour   il y aura une conférence de presse

je prends des notes


au concours de beauté de mademoiselle univers canada
on demande aux candidates si les zombies
devraient être protégés par la loi
contre l’intimidation

le silence des soi-dites beautés
en dit long

on leur chuchote une indice



« … brains… »


quand les anglophones revendiquent
leur propre greater sudbury book fair
on les dirige vers le Chapters
un peu   pas trop
jaloux


sur le toit du centre Rainbow
Edgar Allan Poe joue au baseball   chique du tabac
lance le corbeau comme une chanson de country
tout le monde   frappé de mélancolie
laisse tomber leur gant
descend l’ascenseur
se met en ligne pour
The Avengers

poésie vs. popcorn

les hurlements du Hulk   sous-titrés en français
« j’ai besoin d’un nom »
c’est un smash

Discours de clôture de Jean Marc Dalpé au Salon du livre du Grand Sudbury

Salon du livre du Grand Sudbury, 13 mai 2012


D’abord et avant tout : Merci. Merci pour l’invitation, merci pour l’accueil. Et puis bravo. Bravo Guylaine, Bravo Pierre-Paul, Bravo Nathalie, Catherine, Normand, Stéphane, bravo à tous les bénévoles, aux exposants, aux auteurs, aux animateurs… Votre président vous salue et vous applaudit.

Voilà bien des années, j’ai lu et puis retenu une courte phrase de James Joyce qui m’est toujours restée et qui m’est revenue en apprenant que je devais prendre la parole ici en fin de Salon : «La littérature témoigne de l’esprit indomptable de l’homme.»

C’est ma traduction, donc c’est-tu vraiment ça qu’y’ a dit? Mais je vous la relance quand même : «La littérature témoigne de l’esprit indomptable de l’homme.»

Que nos histoires se déroulent à Dublin, Sudbury, Paris ou Nairobi.
Que nos héros soient blancs, noirs, rouges, verts, fourbes, fripons, enfirouapeurs, saints ou damnés
Qu’ils soient, en colère, en joualvère, en transit ou pris au fond d’une mine dans la noirceur
Que nos héroïnes soient sorcières, servantes, fortes, fragiles, blessées, blasées, bluesées, enceintes, en flammes, en chute libre, ou en amour
Ou encore en furie crissement fuckin fâchée raide man contre l’état du monde
Et comment ne pas l’être?

Il y a toujours quelque chose de pourri au royaume du Danemark.

Même quand le Danemark n’est pas le Danemark, mais Montréal, Hearst, Rouyn. Ou Batoche ou Sarajevo ou Gaza.
Même quand le Danemark n’est pas le Danemark, il y a toujours dans les couloirs du pouvoir des mon’onc Claudius et des mamans ma’tante Gertrude qui se pavanent qui se gavent et qui méprisent tous les Hamlet de ce monde.

Et si ton héroïne se nomme Antigone, son Danemark pourri sera Thèbes sous le joug de son oncle Créon; et si elle se nomme Anna Karénine, son Danemark pourri sera la Russie sous le règne des Tsars; et si elle se nomme par contre Philomena Moosetail, son Danemark pourri sera la réserve de Wasaychigan Hill…

Oui, que nos histoires, celles que nous lisons, que nous écrivons, que nous racontons
Se déroulent ici ailleurs dans le passé demain
Toutes les fictions nous rappellent qu’il y a quelque chose de pourri au Royaume
Que nous sommes mortels parmi les mortels, faillibles, souvent faibles
Mais en vie… calvaire, en vie!

Et ce Salon, fête et foire des fictions, témoigne aussi d’un esprit indomptable
Celui d’une communauté
Dont on a prédit Ô combien de fois qu’elle allait, devait s’éteindre :
On connaît la chanson
Et pourtant nous voici encore et toujours
Joyeusement broche à foin en temps de brosse
Rigoureusement stratégique et su’l piton
Quand une menace se pointe à l’horizon
Oui, nous voici encore ici plus déterminé que jamais
S’éteindre? Non merci. On a ben d’trop d’fun et tant à dire, à faire, à bâtir

Checkez vos claques. Vous avez rien vu encore mes pitous
Ça va swinger tantôt mes pitounes.
Et si cet esprit improbable perdure
C’est qu’il se renouvelle, se transforme, s’adapte
Se laisse chambouler et se fait chambouler
Par ceux et celles qui viennent se joindre à ce ‘nous’
Cette (dixit feu Dickson) belle gang de lucky too too
Je parle ici des nouveaux arrivants qui nous apportent leurs épices et leurs rythmes,
leurs accents et leurs vécus.
Je parle ici surtout des nouvelles générations,
Montantes, métissées, mondialisées, et en mouvance,
Celles qui sont déjà là, celles qui s’en viennent
Et qui nous apportent… ce qui est en train de devenir, et ce qui sera.
Comme les générations qui les ont précédées l’ont fait.

Et c’est pourquoi Mon’onc Jean Marc va se permettre de terminer son petit discours en s’adressant à vous, les jeunes :

Les aînés méritent le respect.
Sauf ceux qui ne le méritent pas!
Et tous ceux qui vous traitent avec mépris de ces jours-ci ne le méritent pas.
Et tous les mon’onc en complet cravate, toutes les ma’tantes en tailleur griffé
Qui hypothèquent votre avenir en vendant votre pays, votre territoire au plus offrant
Sans vous consulter, sans vous écouter, sans vous entendre… ne le méritent pas.

Tous ces messieurs dames très civilisés qui se présentent comme les parangons de la culture
N’ont qu’une culture : celle du profit, le leur. Celle du pouvoir, le leur.

Je sais. C’est pas nouveau.

Il y a toujours quelque chose de pourri au royaume du Danemark.

À vous de relever le défi maintenant de le nommer, à vous d’assumer la tâche, non le devoir, de résister à l’abêtissement à l’abrutissement et notamment en créant des œuvres percutantes qui oui témoignent de l’esprit indomptable des hommes et des femmes d’ici.

Cela dit… Ne vous trompez pas… Mon’onc Jean Marc n’est pas prêt à prendre son trou.
S’il y en a qui a l’idée de dire «Tasse toi Mon’onc!», on verra.

Merci beaucoup.


Photo: The Power of Books (2003), Mladen Penev

Lettre à un jeune poète: Jasmin Ahossin-guezo

Salut Jasmin,

J’espère que tout baigne à Cotonou, que tes spectacles se multiplient et que les gens sont toujours aussi nombreux à recevoir tes vers.

J’avoue que les poètes d’ici pourraient facilement être jaloux du respect et de l’intérêt dont jouissent les poètes et les conteurs du Bénin. Pour ma part, j’ai rarement connu cette qualité d’écoute qui, la première fois que j’ai lu des textes au Centre culturel francophone de Cotonou, m’a (presque) laissé bouche bée, m’invitant à exagérer certains silences afin de mieux savourer l’attention soutenue que m’offraient ces quelques centaines de personnes de tout âge venues découvrir des poètes et des influences de partout.

Dans une lettre récente, tu décrivais ton envie de trouver une maison d’édition en Europe ou au Canada, et tu me demandais de  fournir des adresses. M’est tout de suite revenue cette phrase que tu as publiée un jour sur ta page Facebook: «Derrière chez moi, l’horizon est chez lui». C’est de ce côté que j’ai décidé d’orienter mes propos.

D’abord, un survol de la situation au Canada français. En général, les maisons d’édition se débrouillent ou «survivent» grâce à des subventions qu’une certaine crise économique et les instances gouvernementales rongent de plus en plus. J’ajouterai qu’en Ontario, le domaine de l’édition est relativement jeune. Somme toute, la naissance des premières maisons d’édition de «l’époque moderne» ne remonte qu’au début des années 1970. Ces maisons sont petites (trois ou quatre employés et un comité d’édition composé surtout de bénévoles), les plus audacieuses publiant entre dix et douze livres par année. Il va sans dire que chaque maison a «ses auteurs», ceux qui nourrissent son catalogue, ceux qui au fil des années ont su se tailler une place dans le paysage littéraire. En plus, chaque maison a un mandat que d’aucuns qualifieraient de politique. Par exemple, une maison d’édition franco-ontarienne, tout en demeurant ouverte aux auteurs de l’extérieur, accordera la priorité aux auteurs de l’Ontario, question de promouvoir la littérature des gens d’ici. Il en va de même pour la plupart des maisons du Québec, du Manitoba, de l’Acadie… Certes, il n’est pas impossible de faire accepter un manuscrit si on vit à l’extérieur du Canada, mais dans ton cas, permets-moi de douter qu’il s’agisse de la voie à suivre.

D’une part, il est clair que tu aimes présenter tes textes en public. Cela se voit et s’entend. D’autre part, tu as participé à des festivals internationaux où des auteurs débarquaient avec leurs recueils publiés en France, en Suisse, en Belgique, au Canada… Chemin faisant, tu as même eu l’occasion de rencontrer des poètes franco-ontariens (mdr). De là peut-être ton intérêt de publier, de t’offrir cette «carte de visite».

Cela dit, je trouve que la prestation live demeure ta plus grande force. Slammeur avant tout, adepte de ce style né aux États-Unis au milieu des années 1980 (grâce entre autres à Marc Smith), tu manies bien la liberté que t’offre cette discipline. Tu possèdes des talents d’orateur indéniables et tu réussis à te faufiler entre le sketch, le conte et le poème. Issu d’une longue et riche tradition orale, fils spirituel de ceux qui t’ont précédé (je n’oublie pas Nouréini Tidjani-Serpos que j’ai eu le plaisir de côtoyer), tu dis, traduis, craches désirs, tristesses, moments d’hésitation ou de joie… Et tu réussis à le faire avec une sincérité, avec une modestie qui ne laissent personne indifférent.

Un texte, une salle, un micro. Tu installes la cadence, malaxant les syllabes, consonnes, voyelles de ton «poème minéral (…) tour à tour/terre à terre/éolien/caniculaire…», créant un réseau de sonorités et de sens qui dansent et montent… jusqu’au dernier vers.

«Poème rien du tout
Poème toutes choses
toutes proses
Poème inanité virile
Poème gratuité inhibée
Poème qui se tait»

Et quand un poème se tait, «au lendemain des flammes éteintes», tu passes de ta cour à l’universel, tu «[épures] le temps à rebrousse-sens», disant le jour qui fuit ou l’attente d’une enfant, ce «soleil dans l’altérité du soi», cette «promesse hasardeuse». Et tu inaugures «le chant à l’âme qui vient», frôlant au passage l’insondable grandeur d’une rencontre…

«Pour le créateur rien n’est pauvre, il n’est pas de lieux pauvres, indifférents» affirmait Rainer-Maria Rilke dans ses lettres écrites entre 1903 et 1908. Et ta plume n’arrête devant rien. Néanmoins, j’ai l’impression que ta personnalité passe d’abord et avant tout par le son, par la voix et les mots qui atteignent les gens sans l’intermédiaire de la lecture. Contrairement à ma génération (au début du moins), où la page était le seul support valable, tu disposes de ressources te permettant d’explorer d’autres avenues. Somme toute, tu n’es pas contraint à publier pour partager l’univers qui t’habite.

Non, je n’ai rien contre l’écrit. J’aime et j’aimerai toujours le papier, les livres bien ficelés. Cependant, dans ton cas, je te propose plutôt de miser sur le studio d’enregistrement et la scène, de pique-niquer «à la source du soleil» comme le dit Tidjani-Serpos. Chacun ne doit-il pas trouver son/ses instrument/s? Et ceux-là, à mon avis, te conviennent parfaitement.

Au plaisir de t’entendre!

Ton ami derrière l’eau


Photo: M’Blink

Ode à la cenne noire

Oh petit disque d’acier, de nickel et de cuivre,
Comme il est triste de savoir qu’on te délivre…
Certes! Tu alourdis mes poches en torieux
Tout en sonnant comme un carillon qui attire les quêteux…
J’entends ton tintement lorsque tu tombes par terre
Et mon regard te suit sous le comptoir où tu erres;
Oh! Combien de fois t’ai-je négligé
Alors que je te laissais simplement tomber!
Pourtant tu es mon brave et fidèle petit compagnon d’antan,
Avec toi je me croyais riche lorsque j’étais enfant.
Combien de fois t’ai-je cherché
Au fond de ma tirelire, sous le tapis de l’entrée,
Dans le tiroir à débarras et sous les coussins,
Afin d’en avoir assez m’acheter un cossin!
À l’université, au bac, je t’amassais,
Afin de payer une pizza que je voulais.
Dans mes disputes les plus tenaces,
Tu étais médiateur avec ton pile et ta face.
Oui, mon petit sous, mon centime, ma cenne,
Je réalise à quel point je t’aime!
Maintenant que la société a décidé de ton sort,
Je te fais part ici de mes remords.
À ta santé ce soir j’irai défendre ma raison,
Car comme le dit la chanson:
C’est avec des cennes qu’on se fait des piastre,
C’est avec des piastre qu’on se saoul la face!


Photo: Big Penny, Canadian Centennial Numismatic Parc, Sudbury, Ontario, 1967

Lettre à une jeune poète: Ariane Bessette, Avant l’oubli

Salut Ariane,

Puisque des curieux d’un peu partout liront peut-être cette missive, soulignons que je ne te connais pas, que je ne t’ai jamais rencontrée. Et c’est tant mieux! Non pas parce que je n’aimerais pas te rencontrer un jour, mais plutôt parce que je n’ai pas à tenir compte (ou à tenter de m’éloigner) du vécu de l’auteure que tu es, de tes petites manies (nous en avons tous), de tes valeurs, de tes goûts, de tes influences, de tes lectures préférées… Somme toute, je n’ai que ton recueil, tes textes, cette matière première de l’inconscient qui me parvient en ce début de printemps.

Lorsque j’ai reçu Avant l’oubli, la sobriété de la couverture m’a d’abord frappé. Puis, j’ai appris qu’il s’agissait d’un premier recueil et j’ai feuilleté maladroitement, comme je le fais souvent (chacun ses petites manies), à la recherche de quelques perles, quelques images qui sautent aux yeux et qui incitent à poursuivre.

Après un survol initial, j’ai plongé, relisant lentement ces poèmes à la fois tendres et crus où progressivement se dessine un univers qui à la fois unit et divise une fille et sa mère. Ici, pas de solutions faciles puisque la mère vit ses dernières heures. Ici, nous nous retrouvons devant l’épreuve d’aimer, l’instinct ressenti au plus petit moment, les balbutiements d’une quête où le passé et le présent s’entremêlent, entre le noir et le blanc.

Ton recueil s’ouvre sur une phrase de Pascal de Duve qui, à mon avis, donne le ton, situe le lecteur, prépare le dialogue à venir: «Peut-être la mort aura-t-elle le dernier mot, mais l’amour aura eu le plus beau».

Puis, tu enchaînes, découpant les vers (des vers brefs et nerveux à souhait où je sens parfois une certaine retenue — inévitable, diront certains), des vers où la juxtaposition du silence et des «phrases incomplètes» participe à la précarité que tu installes dès le premier poème.

Je conserve la durée
le silence
les phrases incomplètes
leur arrêt menaçant
fragile
pose blanche inerte du visage

(page 11)

En cours de lecture, m’est revenue cette phrase de Rainer-Maria Rilke: «En une seule pensée créatrice revivent mille nuits d’amour oubliées». Un petit rapprochement et déjà, j’étais plus près de cette œuvre de mémoire à laquelle tu me conviais («ma mémoire à l’encre faible», oubliant «le temps qui reste», inscrivant l’autre «dans la marge de tout après-midi/passé près des pommiers/à humer leur parfum»).

Des textes courts, certains hachurés presque, des clins d’oeil qui illuminent la nécessité de sentir. Autant de fragments où les images se succèdent («lumière blonde déversée sur les lattes de bois», «frêle bourdonnement/pénombres installées/au creux du regard», «la chambre épuise ta beauté»), déposant lentement, avec douceur, les pièces de ton casse-tête mnémonique.

Progressivement, des états de tension ou de paralysie surgissent entre le souvenir et l’attente, se précisent, se mêlent à qui nous sommes, comme si le lecteur ou la lectrice t’accompagnait le moment de la chute venu.

L’écorce qui recouvre l’intime
érosion amoureuse
lentement
retourne à la terre

(page 29)

Un recueil d’une belle sensibilité, «comme une lenteur/greffée à la peau», celle qui donne raison aux sentiments et au développement naturel de cette grisaille intérieure qui conduit, avec humilité et patience, à un autre état de connaissance.

Sentir qu’il n’y a eu entre nous
qu’une longue conversation
toujours la même:
en retrouver la source

(page 31)

J’ai lu. J’ai relu. Et tes questions sont devenues les miennes jusqu’à la toute fin où d’une part «le jour se libère», où d’autre part:

Tu demeures
pour moi
une douce et subtile
illusion:
un fantôme
qui ne quitte jamais la chambre

(page 68)

Vivre pleinement l’instant, les «pépiements (…) sonores et vivants (…) le silence traversé par un moineau». Et peut-être en les vivant, entrer un jour dans les réponses. Je te le souhaite!


Ariane Bessette, Avant l’oubli, Ottawa, Les Éditions David, 2011, 74 pages.

ISBN 978-2-89597-199-3

Flash mob de la Journée de la francophonie

Aujourd’hui, nous célébrons la Journée de la francophonie. Nous allons en profiter pour faire un peu de sensibilisation.

Dans le récent numéro de la revue À bon verre, bonne table du LCBO, un article parle du succès de la trilogie d’Hélène Brodeur, publiée chez Prise de parole. Lors d’une récente visite au LCBO du centre-ville, aucun exemplaire en français de cette revue n’était disponible.

Rendez-vous au LCBO du centre-ville de Sudbury pour un flash mob littéraire!

Aujourd’hui, mardi 20 mars 2012, à compter de 17 h, on fait la file et on se présente l’un après l’autre pour demander la version française.

Si elle est depuis en stock, grand merci!
Si elle ne l’est pas, on indique qu’on souhaite l’obtenir.

Chorégraphie et chapeau fournis sur place, dans la bonne humeur générale! La succursale est ouverte jusqu’à 18 h.

Une fois rassemblés, nous pourrons décider où nous souhaitons ensuite aller déposer nos pénates, peut-être prendre un verre ensemble…

Ailleurs en province

Vous êtes inspirés pour faire de même chez vous? Enwoyez! Mobilisez-vous!

Laissez-nous savoir comment ça va dans les commentaires.

C’est un rendez-vous.

 

19 mars 2012

je me lève tôt parce que c’est lundi matin
j’ai des articles à compléter
à rédiger pour le journal

une brume épaisse enveloppe Sudbury
le ciel descend sur la ville et nous embrasse
on dirait le fantôme de celui avec le regard
d’un renard devenu hibou

à peine primé par mon café
le sien était sans pareil
je pars à pied au bureau
passe par la Patterson

le nuage piétonnier de ce printemps prématuré
colle à mes cheveux et ma moustache
ça fait des larmes sur mes cigarettes
je pense à Robert et je pense à ce brouillard
qui nous rassemblent en rendant visible
l’espace qui nous fusionne
frères et sœurs
saluons
le Père

en après-midi le fantôme se sublime
comme un sourire
relu

« grand ciel bleu par ici »

Dickson

Ça sonne
comme le nom
d’un poète
d’un joueur de baseball
d’un musicien
d’un ami.

Et je m’étonne
qu’aujourd’hui
à Sudbury
rien ne porte
ton nom
sinon
le vent
tes amis
ton souvenir
et ton rire
qui résonne
encore plus fort
aujourd’hui.

Un pont, un parc
ou une école
c’est toute une nation
qui devrait porter
ton nom.

J’oublie
je n’oublie pas.

Et je croque la pomme
du printemps
que t’aimais tant
qui t’aimait tant
et qui t’attend
encore aujourd‘hui
ici.