Lettre aux éditeurs: Pour un « Parlement franco-ontarien »

Cette lettre à l’éditeur sur la création d’un forum pour les franco-ontariens a été publiée dans plusieurs hebdomadaires des quatre coins de la province en janvier 2012Monsieur Dignard nous a contacté pour qu’on la publie sur chez nous. La voici.


Pour un « Parlement franco-ontarien »

Moi j’estime que le temps est venu de créer un véritable forum où les Franco-Ontariennes et les Franco-Ontariens se rencontreraient pour discuter de n’importe quelle question concernant le développement et l’épanouissement de l’Ontario français.  Je parle ici d’un forum où les individus (pas des représentants de groupes, d’associations ou d’institutions avec les mains liées) se pointeraient périodiquement à des endroits différents en province pour adopter des positions qui seraient dans l’intérêt supérieur de la communauté franco-ontarienne.  J’appellerais un tel forum Le Parlement franco-ontarien.

Je m’imagine une rencontre quelques fois l’an de personnes passionnées, voire désabusées, qui n’ont pas de forum et qui en cherchent un pour faire valoir des idées concernant le mieux-être des Nôtres.  En d’autres termes, il s’agirait d’une assemblée complètement libre de se prononcer sur n’importe quel volet de la situation franco-ontarienne n’importe où en province.  À mon avis, certaines résolutions prises dans ce forum pourraient faire avancer ou débloquer des dossiers importants mais stagnants en Ontario français.  Certaines propositions pourraient être récupérées par des décideurs publics (ce serait tant mieux) et d’autres résolutions pourraient même faire la leçon à certains de nos pseudos leaders politiques et communautaires.

Qui serait membre de la députation ?  Tous ceux et celles qui habitent en Ontario, qui parlent le français et qui veulent en faire partie.  Comment opérerait ce forum ?   Aucune subvention gouvernementale.  Les gens qui souhaitent assister aux rencontres paieraient toutes les dépenses de leur poche.  Si un philanthrope offrait un don sans aucunes conditions envers ce Parlement, on prendrait l’argent évidemment.  Comment s’organiserait une première rencontre ?  Quelques personnes intéressées retiendraient une date, identifieraient un lieu de rencontre, lanceraient une invitation publique et on verrait ce que cela donne comme participation.  Comment se déroulerait la première assemblée et qu’est-ce qui serait discuté ?  Les gens présents à cette rencontre le décideraient sur place.  Et s’il s’agissait d’un fiasco comme première réunion ?  Pas la fin du monde… il n’y aurait vraisemblablement pas une deuxième rencontre !

Y a-t’il des preneurs pour une première session ?

 

Serge Dignard
North Bay, Ontario


Photo: Extrait du documentaire J’ai besoin d’un nom, ONF, 1976

  • LeCanardHasBeen

    Pratico-pratiques Re: les « dépenses de poche », pourquoi pas un parlement en ligne style « TaGueule »? Parce que n’y-a-t’il pas plus « dead ducks » que les parlementaires&groupes d’intérêt tricotés serrés en 2012 se rencontrant dans des lieux mal aérés?

  • Serge Miville

    Pour les fins de la discussion, j’aimerais partager avec vous une lettre que j’ai co-écrite sur ce sujet le 12 octobre 2011 et qui a été publié dans Le Droit.

    ***
    Publié le 12 octobre 2011 à 07h47 | Mis à jour le 12 octobre 2011 à 07h47

    http://www.cyberpresse.ca/le-droit/opinions/votre-opinion/201110/12/01-4456338-pour-une-vraie-representation-politique-en-ontario-francais.php

    L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario «est davantage responsable auprès des gouvernements qu’auprès des Franco-Ontariens. Il est donc difficile de voir dans l’AFO le franco-ontarien, malgré ses bonnes intentions», notent les signataires de ce courrier.

    La tempête qui secoue présentement l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario et la diminution du poids politique franco-ontarien à Queen’s Park à l’issue des dernières élections présentent une excellente occasion de réfléchir sur l’avenir politique des Franco-Ontariens.

    L’organisme s’ancre difficilement dans la communauté, et s’est fait lancer quelques boulets, notamment en raison de la campagne «je frenche mon vote». Sans enlever quoi que ce soit à son excellente équipe, dévouée à leur mission (force nous est de saluer leurs démarches pour la tenue récente du premier débat électoral provincial en français), nous devons nous questionner à savoir si la présente structure est optimale.

    Un constat s’impose: bien que l’ACFO/AFO a aspiré à devenir la «voix politique de la francophonie de l’Ontario», les moyens lui font défaut. Structurellement, l’AFO semble davantage prendre l’allure d’un lobby pour les Franco-Ontariens plutôt que celle d’une véritable institution politique. Or, est-ce là le réel besoin d’une collectivité qui aspire à l’autonomie, une voie qu’elle a empruntée dans le domaine de l’éducation et de la santé?

    Légitimité

    L’AFO, comme l’ACFO avant elle, évolue dans une crise chronique de légitimité. Elle cherche à s’institutionnaliser comme le «parlement» franco-ontarien sans détenir cette reconnaissance officielle et, surtout, en étant dépendante de subventions de fonctionnement octroyées par les gouvernements ontarien et fédéral (près de 90% pour les deux derniers exercices financiers).

    Force nous est de constater qu’une telle assemblée est davantage responsable auprès des gouvernements qu’auprès des Franco-Ontariens. Il est donc difficile de voir dans l’AFO le «parlement» franco-ontarien, malgré ses bonnes intentions.

    D’ailleurs, dans sa présente et complexe structure démocratique, aucun «membre individuel» n’a le droit de vote. Pour voter, il faut être délégué par un «membre associatif» (organisme membre) ou par une «institution publique». L’individu peut tenter de convaincre, toutefois, avec un droit de parole. La méthode est douteuse pour un organisme qui cherche à revigorer l’esprit de corps en Ontario français.

    Plus d’autonomie

    Pourtant, l’Ontario français a obtenu de nombreuses avancées dans le domaine de la gestion autonome d’institutions, notamment la gestion de ses conseils scolaires et de ses écoles et, plus récemment, une forme de gestion conjointe en santé. Une réflexion s’impose: n’est-il pas le temps de créer un forum de délibération qui soit élu par l’ensemble des Franco-Ontariens et qui soit redevable à la population de langue française?

    Une «chambre des représentants» dûment élue et à laquelle sont dévolus certains pouvoirs (notamment en santé, en éducation, en matière d’immigration, de culture et des communications des domaines on ne peut plus importants pour une minorité qui aspire à l’autonomie , pour ne nommer qu’eux) et qui est consacrée par la province, ne serait-elle pas insufflée d’une nouvelle forme de légitimité? D’ailleurs, elle pourrait certainement engager le Franco-Ontarien moyen comme le font les élections scolaires.

    On en convient, l’idée semble a priori un peu bizarre, mais elle s’inscrit dans la voie d’autonomisation à laquelle s’est engagée la collectivité franco-ontarienne depuis fort longtemps. Pensons notamment à la lutte contre le Règlement XVII et à la mobilisation pour la gestion scolaire, deux preuves éloquentes de cet engagement envers l’autonomie.

    Une telle institution aurait le potentiel de régler plusieurs questions d’ordre technique, de revigorer l’esprit de corps franco-ontarien avec des projets rassembleurs d’ordre sociétaux, en plus d’en finir avec un absurde assujettissement aux conditions et au cadre opérationnel des demandes de financement. En effet, elle relèverait plutôt de la collectivité franco-ontarienne qui pourrait y contribuer sous une forme ou une autre – un peu comme la structure des impôts scolaires donne une légitimité institutionnelle aux conseils scolaires.

    Pour résumer, il faut réfléchir à nos besoins collectifs: aspirons-nous à nous autonomiser? Si oui, la voie de l’autonomie institutionnelle et politique s’impose dès aujourd’hui.

    Serge Miville,
    Doctorant en histoire,
    Université York (Toronto)

    François-Olivier Dorais,
    Candidat à la maîtrise – histoire,
    Université d’Ottawa

    Marc-André Gagnon,
    Doctorant en histoire,
    Université de Guelph

    Stéphanie Chouinard,
    Doctorante – études politiques,
    Université d’Ottawa

    Serge Dupuis,
    Doctorant – histoire,
    Université de Waterloo