Le suicide de l’Ontario français

La Franco-Ontarie est mourante. S’il y a une place où nous pouvons attester cela sans crainte, c’est bel et bien ici. Mais la mort du peuple franco-ontarien ne sera ni la faute du monolithe anglophone ni des orangistes, ni même de (soupir) l’assimilation. Non, la mort de l’Ontario français aura pour cause que celle-ci s’est tranquillement et progressivement asphyxiée. Et donc, comme pour tout bon suicide, une note de la victime s »impose. Je propose la suivante.


Aux gens des Pays-d’en-Haut, de l’Ontario français:

Excusez-moi!

Excusez-moi de ne pouvoir résister à l’apathie générale qui entoure mon existence!

Excusez-moi de ne plus pouvoir me battre contre cette apathie!

Combattants de l »avenir, excusez-moi! Vous direz sans doute que mon apathie envers votre cause est inacceptable.

Tous les Lajoies, Desloges, des Ormeaux, Brûlés…, excusez-moi! Mon abandon trahit vos efforts.

Quand j »affirme que les deux seules variantes de la langue française que j’accepte comme «normales» sont celles de l’Est et du Nord ontarien, excusez-moi!

Je demande au peuple des «régions» de m »excuser, celui qui, en souffrant, m’a vu prêter toute mon attention aux communautés fortes, telles que Sudbury et Ottawa!

Excusez-moi d’avoir divisé un groupe déjà minoritaire en deux systèmes: l »un catholique, l »autre public!

Excusez-moi d’avoir été trop conservateur en ce qui concerne la online casino religion!

Les francophones qui ne sont pas «pur laine», ceux et celles que j’ai tant aliénés et marginalisés, excusez-moi!

Excusez ma xénophobie!

Excusez-moi d’avoir créé une société tellement exclusive que des jeunes portant des noms comme Giroux, Leblanc, Veilleux et Desrochers se sentent rejetés par celle-ci!

Jeunes francophiles et étudiant/e/s en immersion, excusez-moi! Je vous ai ignorés car je vous voyais comme francophones de deuxième classe.

Excusez-moi d’avoir corrompu notre jeunesse avec ces pensées!

Enfants de familles exogames, excusez-moi! Je n’ai pas su vous encadrer afin que vous puissiez vivre en français, maintenant et plus tard.

Excusez-moi pour un système d’éducation qui ne fait rien pour retenir une jeunesse déjà susceptible d »adopter la culture de la majorité!

Excusez-moi chers francophones assimilés et acculturés, vous que j’ai osé utiliser comme boogeyman pour nos jeunes! Vous n’êtes pas un boogeyman, vous êtes ma raison d’exister.

Excusez-moi d’avoir transmis l »idée que l’assimilation est un choix!

Excusez-moi d’avoir participé à cette assimilation en oubliant de m’occuper de ceux qui se font assimiler!

Excusez-moi d’avoir gardé le silence en voyant tout cela se dérouler sous mes yeux!

Excusez-moi! Mea-culpa!

L’Ontario français

Franco-Ontarien inc. est mort

Depuis son décès, on entend plein de louanges au sujet de Paul Desmarais, un Franco-Ontarien devenu un des hommes les plus puissants de la planète. Je trouve qu’il est temps qu’on tire les choses au clair.

Premièrement, je n’ai rien contre les gens d’affaires. Je trouve qu’encourager nos commerces locaux qui vendent des bons produits, respectent l’environnement, embauchent des gens d’ici et leur offre des bonnes conditions de travail est super bon pour l’économie et pour créer un esprit de solidarité dans une communauté.

Cependant, quand j’entends dire que Paul Desmarais a été le premier à découvrir le potentiel économique de la Chine, j’ai un problème. Même avec les meilleures intentions au monde, il a exploité une main-d’œuvre à bon marché pour offrir des produits à prix réduit chez nous et ailleurs dans le monde, ce qui vient pratiquement tuer nos commerces locaux qui ne peuvent faire concurrence.

Deuxièmement, quand je vois le nom «Desmarais» sur un édifice de l’Université d’Ottawa, je n’éprouve aucune fierté. Au contraire, ça me fait peur! À mon avis, cela démontre que l’université place les intérêts de grandes entreprises privées avant ceux du public, et surtout ceux des étudiants. Si M. Desmarais voulait vraiment venir en aide aux étudiants, il aurait accepté de payer plus d’impôts pour que nos gouvernements puissent financer adéquatement l’éducation supérieure et la rende accessible à toutes et à tous, pas seulement ceux et celles dont les parents ont suffisamment d’argent ou qui répondent à des critères spécifiques leur permettant d’obtenir des bourses.

Je reconnais que Paul Desmarais est un pionnier, qu’il est un des premiers hommes d’affaires canadiens-français à faire fortune alors que le marché était contrôlé par une élite anglophone. Pour ça, il avait du «guts» et s’ il a pu inspirer d’autres jeunes francophones à se lancer en affaires, tant mieux. Cela étant dit, ce n’est pas aux dirigeants de grandes entreprises de déterminer ce qui est bon ou mauvais pour la population. Ils ont les moyens d’acheter une tonne de journaux (comme M. Desmarais a acheté Le Droit, La Presse et plusieurs autres journaux au Québec) pour imposer leurs idées au peuple, mais leurs opinions ne sont pas plus importantes ou valables que n’importe quel autre citoyen/ne. C’est pour cette raison qu’on a des élections et qu’on choisit nos représentant/e/s. Et si ces personnes sont incapables de défendre nos intérêts, si elles plient l’échine devant des gens comme Paul Desmarais, je pense qu’on devrait tout simplement les «sacrer dehors»!

La Saint-Jean, vous souvenez-vous?

Le 24 juin se déroulera la 179e édition des festivités de la Saint-Jean à Montréal ou, devrait-on maintenant dire, de la Fête nationale du Québec à Montréal.

Il faut se rappeler que la Saint-Jean est la fête nationale seulement depuis que le gouvernement souverainiste du Parti québécois l’a déclarée ainsi en 1977. Il faut se rappeler, aussi, que c’est en 1834 que la fête de la Saint-Jean a pris son envol. À l’époque, les Canadiens français voulaient se doter d’une fête afin de faire comme leurs confrères irlandais, qui venaient d’inaugurer le défilé de la Saint-Patrick. Les Canadiens français de partout au Canada ont célébré cette fête pendant 143 années avant que le Québec ne la prenne en otage et oublie ses réelles racines.

Fait cocasse, c’est le 24 juin 1834 qu’est chanté pour la première fois l’Ô Canada! mon pays, mes amours, lors de la fondation officielle de la Société Saint-Jean-Baptiste, évènement qui rassemblait francophones et anglophones.

En 2013, le grand party, animé par Guy A Lepage, aura pour thème «Le Québec en nous, d’hier à demain» …  «D’hier»…parlons-nous ici de 1834 ou 1977? Les Québécois ont-ils vraiment oublié leurs véritables racines?

Grâce à l’ONF, retournons en 1959 afin de témoigner d’un «hier» non enseigné dans l’histoire récente de cette fête presque bicentenaire.

oehttp://www.onf.ca/film/jour_de_juin

Bonne Saint-Jean à tous les Canadiens français et bonne Fête nationale aux Québécois!

Quand Statistique Canada nous examine la langue

Statistique Canada vient de publier une nouvelle étude tirée des plus récentes données du recensement sur la langue. Dans L’évolution du bilinguisme français-anglais au Canada de 1961 à 2011, les auteurs observent que la proportion de Canadiens pouvant soutenir une conversation en français et en anglais «a quelque peu décliné pour la première fois après quatre années de croissance consécutives». Ce type d’étude peut parfois être très éclairant, en proposant des portraits statistiques qui mettent en perspective des perceptions souvent partagées dans la population, mais dont il est difficile de rendre compte. Toutefois, le principal défaut de ces études de Statistique Canada est l’absence d’analyse des résultats obtenus. Je propose quatre pistes d’analyse qui mériteraient certainement d’être approfondies.

Premièrement, il est très préoccupant que de moins en moins d’étudiants anglophones à l’extérieur du Québec soient exposés à l’enseignement du français langue seconde. Cette tendance est très pernicieuse, surtout dans le contexte où le discours officiel et institutionnel souligne à grands traits que l’avenir de la dualité linguistique au Canada passe par les jeunes. Or, «les jeunes anglophones de l’extérieur du Québec sont de moins en moins bilingues». On pellette par en avant, mais voilà que ceux à qui incombera cette tâche n’ont plus de pelles! Dans ce cas-ci, il faudrait poser la lorgnette sur le travail des gouvernements provinciaux, dépositaires de la compétence constitutionnelle en éducation. N’est-ce pas eux qui permettent que l’exposition au français langue seconde soit réduite dans les curriculums? Pourquoi réduire cette exposition? Par souci d’économies? Pour privilégier des matières plus vendables sur le marché du travail en leur consacrant plus de temps en classe? Par manque d’enseignants qualifiés? C’est à se demander aussi si le volet Apprentissage de la langue seconde du programme Mise en valeur des langues officielles de Patrimoine canadien n’est pas en train de rater ses cibles et si l’argent reçu par les gouvernements provinciaux pour offrir de tels programmes est réellement utilisé à cette fin.

Deuxièmement, si la proportion de nouveaux immigrants reçus à l’extérieur du Québec qui ne parlent pas le français augmente, il y a peut-être lieu d’interroger Citoyenneté et Immigration Canada, qui tarde à respecter les engagements qu’il a pris à l’égard des communautés francophones en situation minoritaire. Année après année, les cibles de nouveaux immigrants francophones dans ces communautés fixées par le gouvernement canadien ne sont pas atteintes. Or, il ne faut certainement pas incomber la faute aux nouveaux arrivants, mais bien à ceux qui les sélectionnent. L’étude ne fait pas référence aux critères de sélection des immigrants, la langue n’étant qu’un item parmi tant d’autres dans le système de points établi par le gouvernement fédéral. C’est donc en aval de la sélection qu’il est nécessaire d’agir. Dans la nouvelle mouture de la Feuille de route pour les langues officielles présentée par le gouvernement canadien, 120 millions de dollars sont consacrés à de nouveaux programmes de formation linguistique pour les immigrants économiques. Après les montants consacrés à l’enseignement des langues officielles, il s’agit du plus important poste de dépense de la Feuille de route. Il est permis d’espérer qu’un montant aussi important permettra effectivement d’augmenter la proportion d’immigrants pouvant utiliser le français à l’extérieur du Québec. Il faudra suivre de près l’évaluation de ces programmes et les données du prochain recensement pour en mesurer les effets.

Troisièmement, l’étude évite de répondre à la question «qui est bilingue?» Bien qu’elle y fasse brièvement référence, elle ne s’attaque jamais à cette question de front. La proportion de personnes bilingues n’est pas répartie équitablement entre les personnes de langue maternelle française et anglaise. Il est clair que la proportion de francophones bilingues est beaucoup plus importante, particulièrement dans ce que l’étude qualifie de «zones de contact», concept édulcoré s’il en est un. L’étude souligne que c’est dans ces zones que l’on retrouve la plus forte proportion de personnes bilingues, mais aussi que ce sont les francophones qui y sont proportionnellement plus bilingues. L’étude banalise cette situation, alors que si ce sont les francophones qui sont les plus bilingues dans ces zones, c’est qu’ils en ressentent le besoin beaucoup plus que les anglophones. Autrement dit, les francophones considèrent que leur langue ne suffit pas pour continuer à évoluer dans ces zones de contact, ce qui ne fait pas nécessairement partie de l’équation chez les anglophones. Ce sont donc les francophones minoritaires qui assument principalement les coûts associés au bilinguisme. Pourtant, en cherchant à traiter symétriquement les deux communautés linguistiques, on gomme du même coup cette distinction importante.

Finalement, l’étude note que la croissance de la population bilingue est plus rapide au Québec qu’ailleurs au Canada. Si le ton de l’étude laisse entendre que Statistique Canada se réjouit de cette situation, il est à croire que la réaction ne sera pas la même du côté du gouvernement du Québec. Somme toute, il pourrait y voir un échec de ses propres politiques linguistiques en raison des pressions exercées par le régime linguistique fédéral. Il pourrait même se servir des résultats de cette étude pour justifier la révision de son propre régime linguistique, qu’il a d’ailleurs déjà entamée avec son projet de loi 14. L’objectif du régime linguistique québécois n’est certainement pas d’accroître le taux de bilinguisme individuel, mais bien de préserver le statut du français sur son territoire. Dans ce contexte, de telles données peuvent paraître préoccupantes.

Avant de terminer, il y a tout de même lieu de souligner le travail des deux auteurs de l’étude. Malgré ses défauts, l’étude sonne l’alarme et met en lumière des tendances que gouvernements et acteurs de la société civile doivent renverser. En utilisant les données de huit recensements depuis 1961, ils réussissent à inscrire leurs observations dans la durée. À nous, maintenant, de les contextualiser et de les analyser.

Appel à la mobilisation!

Le temps est venu pour que la communauté franco-ontarienne se mobilise à nouveau pour revendiquer son droit à une université de langue française en Ontario. Quand je parle de mobilisation, je ne parle pas juste d’une mobilisation étudiante, mais d’un véritable mouvement communautaire franco-ontarien. Une université autonome, créée et gérée par et pour les francophones, c’est une question de société essentielle à notre avenir collectif. Nous avons les nombres. Nous avons les compétences. Il ne manque qu’un signal clair et concerté des Franco-Ontariens que nous la voulons vraiment cette université.

Après avoir fait mon bac au sein d’une université bilingue, après avoir voyagé dans plusieurs villes de la province et avoir rencontré des étudiants d’un peu partout, après avoir animé de multiples consultations et événements en tant que coprésidente du Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO), pour moi le constat est clair : les institutions bilingues ne répondent pas aux besoins et aux aspirations de plusieurs étudiants francophones de cette province.

Fois après fois, j’ai entendu des témoignages du type :

«Ce n’est pas possible de terminer mon programme en français» ;
«Mon cours en français a été annulé» ;
«On m’a vendu un programme en français, mais j’ai reçu un programme bilingue» ;
«Mon programme n’est pas offert en français» ;
«La vie culturelle en français sur mon campus est limitée» ;
«La minorisation des francophones dans les instances décisionnelles de mon campus est visible» ;
«Je ne me sens pas 100 % à l’aise sur mon campus».

Nous méritons et avons droit à mieux que ça !

Si je me suis impliquée au sein du RÉFO, c’est parce que ces limites à nos choix, cette obligation de tolérer des programmes et services réduits alors que notre communauté fait face aux ravages de l’assimilation et de l’acculturation, ça ne me tente plus de l’accepter. Je crois que la question de la mise sur pied d’une université de langue française, gérée par et pour les francophones, doit devenir notre projet d’avenir, notre prochaine «Guerre des épingles», notre prochaine lutte pour les collèges, notre prochain Montfort. L’avenir de notre communauté en dépend. Le temps n’est plus à se demander si nous avons besoin de notre propre université, mais bien comment y arriver !

(Si les justifications derrière le besoin d’une université de langue française vous intéressent, je vous invite à visiter le site web du RÉFO.)

Maintenant, comment y arriver ? Comment rallier la communauté ? Comment demander au gouvernement de renverser l’injustice historique qui nous prive d’avoir accès à une université autonome comme l’ont les Acadiens, les Franco-Manitobains, les Anglo-Québecois ? On y a pensé longtemps (et on continue à y réfléchir).

Pour stimuler cette réflexion et mobiliser la communauté envers ce projet, le RÉFO lancera d’ici quelques semaines les États généraux sur le postsecondaire en Ontario français, c’est à dire un large processus de réflexion communautaire, qui se poursuivra jusqu’à l’hiver prochain. Ces États généraux rassembleront tou.te.s les actrices et les acteurs intéressé.e.s par la question : jeunes et aîné.e.s, étudiants et professeurs, parents et enseignants. Nous pourrons ensemble déterminer les besoins que nous devons adresser ensemble pour la prochaine décennie et des étapes à franchir pour faire de l’Université franco-ontarienne une réalité.

Et les institutions bilingues dans tout ça ? Je les invite à embarquer dans le projet, il faut joindre nos forces. Depuis des décennies, nous avons essayé le modèle bilingue et il est irréfutable qu’il comporte des failles. Mais cela n’est pas une raison de tout jeter à la poubelle. Nous avons plusieurs professeurs de qualité, des facultés francophones, des instituts et des chaires de recherche, des associations étudiantes… Sans compter tous les membres de l’administration que j’ai eu la chance de rencontrer et qui ont le cœur à la bonne place. Il y a une expérience et une expertise importante dans ces institutions : à nous de les utiliser intelligemment.

Chers lecteur et lectrices, l’Université de l’Ontario français est un projet essentiel pour notre avenir collectif. Je vous invite toutes et tous à participer activement à la discussion. À sortir de vos zones de confort et à revendiquer vos droits ! Pour les sceptiques et les cyniques, on veut aussi vous entendre. Rien n’a jamais été gagné en gardant le silence. C’est important de ne pas perdre le momentum. Assurons-nous que cette fois-ci soit la bonne !

Nous possédons déjà une gouvernance autonome au sein de nos conseils scolaires et nos deux collèges francophones. L’Université franco-ontarienne est la dernière brique dans notre pyramide éducative. C’est une étape nécessaire à l’épanouissement, à la pérennité et au rayonnement de la communauté franco-ontarienne dans le temps et dans l’espace.


taGueule a originalement publié ce texte avec une préface signé par son comité d’édition qui aurait pu être perçu comme une action pour discréditer les propos ci-haut. Ce n’était pas du tout son intention, et pour cette raison, nous avons effacé la préface maladroite. taGueule n’est pas parfaite.

600 000 raisons de se poser des questions

Ça fait depuis le début des temps (oui, vraiment) qu’on s’obstine à savoir combien il y a de francophones en Ontario. Dans nos cours d’histoire au secondaire, on a entendu tous les chiffres possibles entre 375 000 et 650 000 tout en sachant très bien qu’il y’avait une différence entre un Franco-Ontarien et un Ontarien francophone . Voilà que le malaise s’installe. Ça fait plus d’un an que ce texte est dans notre collimateur. Maintenant que d’autres commencent à s’intéresser à la question, on a jugé qu’il était temps de le publier et d’ouvrir la discussion. Let’s talk. 


Est-ce qu’il y a vraiment 600 000 Franco-Ontariens? 600 000 francophones en Ontario? 600 000 locuteurs de la langue française sur le territoire de la province de l’Ontario? Do 600 000 people actually give a fuck about the French language in Ontario?

Est-ce qu’on ne serait pas mieux de se dire 300 000 et se concentrer sur ceux-là? Est-ce qu’on devrait arrêter de dépenser notre énergie, nos resources et nos subventions gouvernementales sur les ayant-droits sans espoir, sur les anglophones opportunistes, et sur les franglo-Ontariens apathiques?

Est-ce qu’on ne serait pas mieux de se dire 150 000 et se concentrer que sur les gens qui ne vivent qu’en français, qui intériorisent leurs réalités en français, et qui n’ont rien à redouter de l’assimilation?

Est-ce qu’on est capable de trouver 75 000 Ontariens francophones avec la même réalité?


Est-ce que le bilinguisme officiel fonctionne? Est-ce qu’on force les anglophones à apprendre le français? Did you go to french school? Do you still speak french?

Est-ce que je vous frustre? Est-ce que j’ai le droit de poser ces questions là? Est-ce que je suis un franco-traître? Est-ce qu’on se souvient?

Est-ce que la Patente est dans la salle?


Est-ce qu’on devrait être plus honnêtes dans nos revendications? Est-ce qu’on devrait dire aux anglophones qu’on est capables de parler anglais, pour pouvoir leur faire comprendre qu’on veut plutôt parler français, au lieu de leur donner l’impression qu’on se plaint pour rien? Est-ce qu’on devrait leur dire qu’on n’a pas nécessairement les réponses? Est-ce qu’on devrait essayer de leur expliquer pourquoi l’assimilation nous fait peur, au lieu de s’entêter à poursuivre un dialogue de sourds? Est-ce que c’est en se battant contre des contraventions ou en poursuivant Air Canada ou en invoquant nos droits constitutionnels qu’on va réussir à se partir une vraie conversation? Entre qui devrait avoir lieu cette conversation?

Est-ce que c’est légal de vendre des faux drapeaux franco-ontariens? Est-ce qu’il y a une limite à la grosseur du drapeau? Do we deserve a flag? Do we need a flag?

Est-ce qu’on devrait s’allier aux Autochtones, aux Tamouls, aux Ukrainiens pour la reconnaissance d’une certaine diversité canadienne? Est-ce qu’on devrait se battre pour notre spécificité? Quelle spécificité? Est-ce qu’on devrait continuer nos combats identitaires internes, futiles et déjà perdus?  Est-ce qu’on devrait essayer de parler aux Québécois, en espérant qu’ils nous écoutent pour une fois?

Pourquoi, 30 ans plus tard, nos cadavres sont-ils encores chauds? Est-ce que les canards sont encore morts?

Est-ce qu’on est vraiment un peuple fondateur? Est-ce que Trudeau avait raison? Est-ce que Durham a réussi? Est-ce qu’on a un pays?

Est-ce qu’on est bien, dans le fond? Est-ce qu’on revendique pour rien? Can we prove an angryphone wrong?


Est-ce qu’on choisit mal nos luttes? Est-ce qu’on a une lutte? Est-ce qu’on s’est fait lutter?

Est-ce qu’on devrait tous déménager dans la même région? Est-ce qu’on devrait multiplier les contacts et les rencontres? Est-ce qu’on devrait se battre pour une autoroute entre Lafontaine et North Bay? Un TGV entre Ottawa, Toronto, et  Sudbury? Est-ce qu’on est capables de réunir assez de gens pour effectuer des vrais changements? Est-ce qu’on est capables, en tant que communauté, de prendre à cœur des causes qui ne touchent pas que la langue? Est-ce qu’on devrait?

Est-ce qu’on fête la Saint-Jean-Baptiste? Est-ce qu’on fête la fête du Canada? Est-ce qu’on fête le 4 juillet?


Quand on dit «nous», de qui on parle? Quand ils disent « they », de qui ils parlent? Quand on dit « we », est-ce que c’est « on »?

Est-ce que le verre est à moitié vide? À moitié plein? Est-ce qu’on a assez d’eau? Est-ce que le verre est trop grand?

Est-ce que j’écris pour rien? Est-ce que vous allez tout simplement vous dire «ah ok» et fermer cette page sans laisser de commentaires? Est-ce que vous savez qui a gagné la game hier soir?

Est-ce qu’il y aura encore des gens pour poser ces questions dans 30 ans?

 

 

Je l’sais pas.

Faut qu’ça bouge encore… ‘stie!

Depuis l’annonce de la programmation partielle de la 40ème Nuit sur l’étang, je sens comme un malaise. Le premier malaise vient des petits ragots, des critiques feutrées. Le deuxième malaise vient du manque d’enthousiasme, ou pour être plus juste, du je-m’en-foutisme caractérisé de la communauté par rapport à cet anniversaire. Je sais que certains ont leurs doutes, leurs ras-le-bol de cette «grande messe» où on serait sommé de dire «Amen» au drapeau vert et blanc, fleurdelisé et fleurtrillé, leurs envies de meurtre, leurs rancœurs et autres mesquineries. Ce qui me choque c’est que personne ne semble voir que cet anniversaire – et son succès – dépasse, de très loin, nos petits égos.

En disant cela, je ne tombe pas dans le discours narratif mythifié ou nostalgique d’une grande époque perdue. Bien au contraire, je crois que nous avons devant nous, en face de nous, en nous, la première génération de jeunes Franco-Ontariens aussi brillants que la gang de CANO.  Est-ce que les Patricia Cano, David Poulin, Cindy Doire, Tricia Foster de ce temps ont quoi que ce soit à envier à un Robert Paquette? Un Christian Pelletier qui se démène comme un fou dans la communauté, l’homme invisible visible qui brasse les cages, les idées, et surtout réalise de beaux projets (We Live Up Here) n’a rien à envier à un Gaston Tremblay. Nos jeunes poètes, Daniel Aubin, Sonia Lamontagne, Daniel Groleau-Landry, Guylaine Tousignant, n’ont rien à envier à ceux qui sont devenus – bien plus tard – des monstres sacrés, les Dalpé, Dickson et Desbiens. Ce que font Mélissa Rockburn et Miriam Cusson avec les Productions Roches Brulées, et la prestation extraordinaire de France Huot sur les planches vaut largement les débuts sur scène d’un André Paiement. Pourquoi nier l’évidence? D’où vient cette espèce de déni, voire de dénigrement, on se croirait en présence de clones de Kafka.

Est-il nécessaire de rappeler que si la gang de CANO a autant marqué son époque, c’est parce que tout était à faire, tout était à construire, alors qu’aujourd’hui il s’agit de pérenniser nos institutions, défi bien plus difficile à relever? Faut-il rappeler que le contexte culturel était fort plus accueillant à la création, en plein milieu du mouvement de la contre-culture américaine, alors qu’aujourd’hui nous devons faire face à un mouvement d’anti-culture? Est-il nécessaire de souligner que la gang de CANO n’aurait pu exister sans quelques jésuites allumés alors qu’aujourd’hui les universités sont devenues des boites à fric où les pseudo-compétences professionnelles priment, et de loin, sur les savoirs et la culture? Faut-il rappeler que bien sûr à l’époque le monde participait en masse parce qu’il n’y avait rien d’autre à faire que d’aller au seul parté en ville, alors qu’aujourd’hui le monde est vautré dans son fauteuil devant un écran?

Est-ce que personne ne se rend compte que certains Anglos, que les ministères, que les traitres, coincés le pied dans le cadre de la porte, n’attendent qu’une chose : qu’on se plante, et si possible de façon monumentale? Nous n’avons jamais été à un moment aussi important de notre histoire. Si nous ne pouvons réussir au moment même où nos artistes brillent, alors la messe est dite. Et dans 40 ans, il n’y aura pas de 80ème anniversaire. Moi j’ai fait le choix de rester à Sudbury; j’ai fait le choix de me définir Franco-Ontarienne, pas seulement par souvenir pour Robert, pas seulement parce que je tripe à lire Jean Marc; parce que je crois en vous et que vous êtes une belle gang; parce que je veux que mes filles dans 40 ans, elles soient sur scène à déclamer du Daniel Aubin, à performer un «freedom frogs have survived» ou à chanter du Patricia Cano.

Vivre en français – le 11 janvier 1971

On a trouvé ceci, et on trouve que 40 ans plus tard, on est encore en train parler des mêmes maudits enjeux. Quand l »auteur parle de télévision, pensons plutôt à Internet. Quand il parle de Canadiens-français catholiques, pensons aux Franco-ontariens «pure-laine». Quand il parle de sauver la «race», pensez à nous qui essayons de «sauver la culture» en l’institutionnalisant.  Quand vous voyez 1971, pensez à 2013. Ensuite, pensez à 2051. Nous, dans 40 ans, on aimerait bien ça pouvoir dire qu »on a progressé. 


Vivre en français

Le Voyageur, le 11 janvier 1971

Le passé n »a rien de particulièrement impressionnant pour les jeunes d »aujourd »hui, eux que la télévision, entre autres, a formé à l »actuel et au raisonnablement possible, eux à qui la télévision offre de faire valoir immédiatement leurs idées ou réalisations pour autant que celles-ci s »insèrent naturellement dans un contexte à la fois utile et humanitaire.

Et, pour ces mêmes jeunes, l »enseignement à outrance, l »enseignement «coûte que coûte» de divers principes d »où brille par son absence toute connotation actuelle, n »a pas plus de valeur ou de signification qu »un éléphant dans un bol de soupe.

Ça, ce sont des comportements observables, qui ne sont pas sujets à discussion. Devant eux, on adopte deux attitudes : bien on regarde, on cherche, et l »on comprend ou alors on fait l »autruche et, forcément on ne comprend rien à rien.

Pour la jeunesse franco-ontarienne, ces problèmes d »incompréhension – déjà lourds à assumer – se doublent d »un autre, non moins lourd à supporter : celui des instruments naturels de communication et de la langue en particulier.

Pour un jeune Franco-Ontarien, parler français ça veut souvent dire faire un effort. Probablement que si la chose était possible, il trouverait plus aisé de parler «mathématique». En tout cas, il lui est plus naturel de parler en anglais. Et comment oserait-on lui reprocher ce comportement qu »il tient de la nature même de son environnement? Communiquer, comme on s »en doute bien, c »est essentiel. Et probablement que le jeune Franco-Ontarien trouve plus de bonheur à mal communiquer en anglais [certaines choses changent, quand même!] qu »à ne pas réussir à communiquer du tout en français!

De bonnes âmes de patriotisme tout imbues, tentent malgré tout de sauver la «race», ignorantes toutefois des données élémentaires capables de stimuler véritablement le désir chez ces jeunes de tout d »abord, vouloir vivre en français, et, ensuite, de faire les efforts nécessaires pour normaliser une situation que l »histoire a laissé se détériorer.

Encore en 1971, on fait appel à «la fierté d »être un Canadien catholique d »expression française». Puis sans faire ni un ni deux, on se gargarise à pleine gorge des nobles motifs qui devraient assurer la naissance et l »explosion de cette fierté : «notre passé: nos aïeux et leur oeuvre; notre survivance; nous-mêmes et nos qualités; notre mission et la Providence»!

Et voilà qu »on se surprend ensuite à ne pas comprendre cette jeunesse qui online casino nederlandsegokken s »entête à ne pas vouloir être fière! Quelle ingratitude, en effet! «Nous portons bien haut le flambeau et l »idéal de la race, et voilà que cette jeunesse pour qui nous le faisons nous trahit, ajoutant à cela l »arrogance d »un sourire narquois qui pourrait nous faire croire que ce que nous disons ou faisons relève de l’imbécillité pure».

De l »imbécilité, assurément non. Mais l »intransigeance de la jeunesse face à ses propres valeurs, fait que trop souvent elle crée l »intolérance face à celles de ceux qui l »ont précédée.

Et l »on peut se demander à ce point-ci, qui doit faire l »effort de comprendre qui. La réponse semble évidente.

Véritable effort de compréhension, voilà sûrement l »essentiel. Compréhension de la jeunesse elle-même, compréhension surtout du contexte qui la forme et dans lequel elle doit vivre. Compréhension, entre autres, d »un fait capital : les valeurs et les instruments traditionnels, à plusieurs niveaux et particulièrement à celui de la langue pour les Franco-Ontariens, n »ont plus d »impact – si toutefois ils en ont jamais eu!

Les valeurs du passé? Non. Ce sont les valeurs du temps actuel, de l »Action actuelle qu »il faut faire ressortir. Et, quand c »est nécessaire, favoriser cette action actuelle, animer le dynamisme de cette jeunesse.

Il n »y a vraiment plus qu »une fierté que cette jeunesse-là peut acquérir, et c »est la fierté d »elle-même, de ses propres actes : c »est la marque de notre temps. Le reste devient accessoire et s »acquiert au gré des besoins, des gestes, des réflexions.

– Hubert Potin, éditeur en chef du journal Le Voyageur, 1971


Dans la vie, il y a des choses qui ne changent jamais.

Faudrait s’en parler…

Un premier coup d’oeil sur les données linguistiques du recensement de 2011 indique clairement que les choses ne s’améliorent pas pour la francophonie ontarienne. Pas que la situation se soit dramatiquement détériorée au cours des cinq dernières années, mais les tendances au déclin du français se confirment à peu près partout, même dans les régions où les francophones restent majoritaires.

On peut toujours se draper, comme il est devenu l’habitude de le faire en milieux officiels, dans les savantes – et jusqu’à un certain point, pertinentes – pondérations statistiques qui permettent de gonfler un peu artificiellement, à mon avis, la force de la francophonie au Canada (y compris au Québec). Mais quand on regarde les chiffres bruts, la réalité nous revient, implacable, et appelle une intervention rapide pour sauver les meubles.

Le discours optimiste des « lunettes roses » ne fait que masquer une détérioration très réelle. On n’a qu’à regarder sans enrobage les réponses à la question du recensement sur la langue d’usage (la langue la plus souvent parlée à la maison) pour s’en convaincre, au regard des données sur la langue maternelle.

De 2006 à 2011, selon les profils des communautés des deux recensements, le nombre de francophones de langue maternelle a augmenté de près de 5000 seulement (488 815 à 493 300) tandis que le nombre de personnes ayant le français comme langue d’usage a diminué de 5 000 (de 289 035 à 284 115).

Pour avoir une idée de l’accélération de l’assimilation, regardons les chiffres du recensement de 1971, qui donnaient 482 045 francophones selon la langue maternelle, et 352 465 selon la langue d’usage ! Si on compare celui de 1971 aux deux recensements les plus récents (langue maternelle et langue d’usage), on arrive à des taux respectifs de persévérance de la langue de 73,1% en 1971, 59,1% en 2006 et 57,6% en 2011. Évidemment, ces chiffres sont trompeurs et il faut vraiment regarder de région en région, de ville en ville, de village en village pour comprendre la réalité. C’est grand, l’Ontario.

Si, au sud, dans les régions de Penetanguishene, Welland ou Windsor, les taux de persévérance sont à peine de 25% à 35%, ils dépassent régulièrement le seuil des 90% dans des régions de l’Est et du Nord ontarien. À certains endroits, ils frisent le 100 % et le dépassent même dans trois villages. À Jogues, Mattice et Val-Cöté, tous dans la région de Hearst, ce sont les francophones qui assimilent les anglophones… Entre les deux, il y a les agglomérations urbaines d’Ottawa et de Sudbury, où les taux de persévérance sont plus inquiétants, à près de 70% (Ottawa), voire alarmants à près de 55% (pour le Grand Sudbury).

Je retiens, dans un premier temps, avant d’approfondir davantage l’analyse, trois constats :

Premier constat

Il existe donc en Ontario trois zones où les francophones ont des taux de persévérance très, très élevés (90% et plus) :

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[li]le corridor de la route 11, entre Smooth Rock Falls et Hearst[/li]
[li]le secteur Nipissing Ouest, entre Sturgeon Falls et Sudbury[/li]
[li]le secteur de Prescott-Russell, à l’est d’Ottawa[/li]
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Ce sont essentiellement des petites municipalités et des secteurs ruraux, ayant une population limitée, mais dont le caractère majoritairement francophone se maintient pour le moment.

Deuxième constat

En Ontario, plus de 35% des francophones (selon la langue d’usage) demeurent à Ottawa (86 000) et Sudbury (14 000). À Ottawa (je ne sais pas pour Sudbury), ils sont cependant plus dispersés que jadis. Alors qu’auparavant il existait des quartiers canadiens-français, les francophones sont maintenant minoritaires dans tous les quartiers de la capitale. Ils sont cependant nombreux.

Troisième constat

Les taux d’assimilation ont atteint des niveaux dramatiques dans des endroits comme Welland et Windsor, et même Cornwall où, il y a un demi-siècle, les francophones formaient près de la moitié de la population.

Faut s’en parler…

Quand j’étais à l’ACFO, années 60, début années 70, ce phénomène était déjà perceptible, quoique bien moins accentué, mais les moyens de communication entre les différentes communautés étaient presque nuls, et les distances immenses. Il était difficile de concevoir et mettre en application des stratégies coordonnées. Aujourd’hui, avec l’Internet et les médias sociaux, les distances s’estompent.

Pendant qu’il est encore temps, il faut souhaiter que puissent s’amorcer des échanges, sur Facebook, sur Twitter, entre Franco-Ontariens de différentes régions et à l’intérieur de différentes régions, entre Franco-Ontariens et Québécois, entre Franco-Ontariens et Acadiens et francophones de l’Ouest, pour qu’à partir d’analyses réalistes, les enjeux linguistiques (et autres enjeux) fassent l’objet d’un forum permanent en ligne. Le simple fait de créer des contacts par l’intermédiaire du Web aura, j’en ai la conviction, des effets appréciables.

Où cela peut-il mener? Pas la moindre idée. Mais ce peut être un point de départ utile…


Ce texte a originalement été publié le 6 novembre 2012 sur le blogue de Pierre Allard.