Joe le taxi!

Blague à part, en cette soirée du mois de mars, mon chauffeur de taxi s’appelle Joe. D’abord, il me demande où je veux aller. Une adresse suivie de deux ou trois noms de rues afin de mieux lui expliquer le parcours. Soudain, sans en être conscient, ma prononciation de «Notre-Dame» me trahit.

“Man, I haven’t spoken a lick of French for who knows how long!”

Sortie du stationnement de Greyhound et l’attente. Entre la radio qui joue en sourdine, le tic-tac du clignotant et le bruit des essuie-glaces, un silence plutôt lourd s’installe entre nous comme cela se produit souvent entre deux inconnus qui se voient obligés de partager quelques moments de leurs petites existences respectives.

Calé sur la banquette arrière, je cherche (presque désespérément) un sujet de conversation. Les prévisions météo? (sujet trop banal!) Le hockey? (peut-être trop diviseur!) La politique? (trop risqué et/ou trop banal!)

Enfin, une voie se libère. Virage à gauche et en me fixant dans le rétroviseur, Joe met fin à mon angoisse, me demande ce que je viens faire à Sudbury. Je réponds que je suis un «gars d’la place». Immédiatement, je vois qu’il a compris et avec un sourire en coin, il enchaîne:

“I had a French girlfriend once, from the Valley, but that didn’t work out! She left me and Sudbury after a couple of years. Took our daughter with her and that was the end of that!”

Quelques phrases encore et à un feu rouge je découvre qu’il est né dans le quartier où nous nous trouvons — le Moulin à Fleur, que son père était mineur à l’INCO où il ne devait surtout pas parler français. “Back in the day, that type of thing wasn’t tolerated. No messin’ around! You could lose your job if the foreman heard you speak anything but English. It was the same for the Italians, the Polish… I guess times have changed!”

À la radio, on annonce les résultats sportifs. Défaite des Maple Leafs en prolongation. Quelques minutes plus tard, Joe me dépose chez moi. Au moment de lui remettre son argent, il me demande si je suis fan de Toronto. Sans hésiter, je réponds que j’ai toujours été partisan du Tricolore, “for better or for worse”.

“Well, there you go!” lance-t-il. “We have something in common. I guess it’s probably hereditary!”


Image: New York Taxi, Juri Romanov, Etsy

Interstices : Joseph Edgar

Joseph Edgar, le Bob Dylan de Moncton, lance son quatrième album en carrière, Interstices. Cet album tant attendu, produit par Joe Gagné des Breastfeeders, a un son nettement plus rock que dans le passé. Le pari est réussi. Sans renier son «son» traditionnel, l’ancien leader du groupe Zéro degré celsius nous entraîne sans difficulté dans ce nouvel univers électrifié. Les sonorités folk, sa marque de commerce, s »y retrouvent toujours, et le musicien surprend en chantant en anglais pour la première fois, relèvant le défi avec brio. D’ailleurs, ça ne serait pas étonnant qu »il décide de continue à explorer cette voie.

Musicalement, Interstices est irréprochable. Chaque note et chaque accord semblent être à leur place. Cela peut s’expliquer du fait qu’il a été appuyé par la jeune acadienne Lisa LeBlanc (banjo, voix) et la Franco-Manitobaine Geneviève Toupin (piano, voix). Par contre, il serait irréaliste de dire qu’Interstices sera apprécié de tous. Joseph Edgar a une voix unique qui ne plait pas toujours à l’oreille. Bien évidemment, ça dépend des goûts. Toutefois, ce léger bémol ne devrait pas suffire à décourager quiconque d »écouter cet album. À écouter fort.

Si vous êtes dans le coin de Montréal ce soir, vous pouvez assister au lancement du nouvel album O Patro Vys dés 20h.

Pour les fans de

Fred Fortin, 1755, Tom Petty et Bob Dylan.

Moments forts

Pont Mackay, Feathers and Tar, Sans jamais parler du vent