Interstices : Joseph Edgar

Joseph Edgar, le Bob Dylan de Moncton, lance son quatrième album en carrière, Interstices. Cet album tant attendu, produit par Joe Gagné des Breastfeeders, a un son nettement plus rock que dans le passé. Le pari est réussi. Sans renier son «son» traditionnel, l’ancien leader du groupe Zéro degré celsius nous entraîne sans difficulté dans ce nouvel univers électrifié. Les sonorités folk, sa marque de commerce, s »y retrouvent toujours, et le musicien surprend en chantant en anglais pour la première fois, relèvant le défi avec brio. D’ailleurs, ça ne serait pas étonnant qu »il décide de continue à explorer cette voie.

Musicalement, Interstices est irréprochable. Chaque note et chaque accord semblent être à leur place. Cela peut s’expliquer du fait qu’il a été appuyé par la jeune acadienne Lisa LeBlanc (banjo, voix) et la Franco-Manitobaine Geneviève Toupin (piano, voix). Par contre, il serait irréaliste de dire qu’Interstices sera apprécié de tous. Joseph Edgar a une voix unique qui ne plait pas toujours à l’oreille. Bien évidemment, ça dépend des goûts. Toutefois, ce léger bémol ne devrait pas suffire à décourager quiconque d »écouter cet album. À écouter fort.

Si vous êtes dans le coin de Montréal ce soir, vous pouvez assister au lancement du nouvel album O Patro Vys dés 20h.

Pour les fans de

Fred Fortin, 1755, Tom Petty et Bob Dylan.

Moments forts

Pont Mackay, Feathers and Tar, Sans jamais parler du vent

Piano Mal : Julien Sagot

Suivant de fausses rumeurs que le célèbre groupe Karkwa (le premier groupe de langue française à remporter un prix Polaris) s’était dissous, un de ses percussionnistes et membres fondateurs, Julien Sagot a fait paraître son premier album solo intitulé Piano Mal le 1er février 2012 chez Simone Records. Je dois avouer que je ne savais pas trop à quoi m’attendre, n’étant familier qu’avec son travail au sein du groupe Karkwa.

Rapidement, Sagot nous transporte vers des paysages musicaux trop peu fréquentés. Des gros accords ouverts, disjoints et lents au piano s’opposent par moment à des petits coups de guitare rapides et secs. La sonorité de l’album crie Montréal, Paris, mais aussi un désert du Far West américain. Les mêmes genres de textes poétiques et réfléchis qu’on retrouve chez Karkwa sont aussi présents dans Piano Mal. C’est la précision des mots qui règne dans ce style d’écriture moelleux et précis.

Si certaines chansons sont lentes et éclatées, d’autres sont très rythmées et linéaires. Or, même l’oreille développée a du mal à déterminer comment l’artiste vient à bout de créer ces véritables voyages sonores, elle n’a pas l’impression de s’y perdre. Chaque son, chaque note, chaque effet sont recherchés, et aucun d’entre eux n’est utilisé de façon abusive. À tout ça, on ajoute la (superbe) voix rauque de Sagot et on obtient un produit incroyablement riche et velouté.

Bref, pour le mélomane, cet album aux textures parfois rudes, parfois lisses; aux sonorités parfois chaudes, parfois froides, est un incontournable du milieu musical actuel.

Pour les fans de

Karkwa, Serge Gainsbourg, Roger Whittaker, Ennio Morricone, Arthur H et Leif Vollebeck.

Moments forts

Piano Mal, Une vieille taupe, Le trucifier