A word to the students of collège Boréal

It’s my pleasure this morning to say a few words to the young men and women who are studying in this fine new college. I’ll say them in the language in which most of you seem more comfortable, judging from what I’ve heard in the halls and the cafeteria.

Yes sir, you see it coming and you’re right. The blame, the sermon, the self-righteous talking down. But before you tune me out, here’s something for you to hit me with. I admit that I’m in no position to blame you for something I was doing myself when I was your age. I grew up here in Sudbury, like many of you. And like most of you, English was the language I felt good with. English was the way to sound like a man without sounding like my parents or my teachers. So I spoke English to everyone, except when forced otherwise. That was the way to be myself. If I’m not mistaken, you are all speaking English right now for that same reason : to be yourselves. I remember the feeling. It’s such a strong one that you don’t feel even the least bit out of place when you walk around laughing and talking English in the halls of a French school.

Mais un jour, j’ai eu l’intuition de ce qui m’arrivait en vérité. J’étais loin de me donner ma propre personnalité, d’exercer ma liberté, d’avoir l’air confiant en parlant l’anglais. En vérité, je faisais docilement ce que la société voulait que je fasse. Je n’essayais pas d’être moi-même. J’essayais d’être comme tout le monde.

À l’époque, je faisais comme vous mes études postsecondaires. Je voyais vite venir le temps où j’allais devoir savoir qui j’étais vraiment, si je voulais trouver ma place et mon salaire. J’osais peut-être aussi rêver, un peu, de faire une différence dans mon petit coin de pays et d’aider à bâtir un monde meilleur. C’est là que j’ai commencé à voir mes parents canadiens-français d’un autre oeil. C’est là aussi que j’ai commencé à voir plus clairement l’histoire de mon peuple. La misère économique qui l’a poussé à émigrer dans le Nord ontarien. Les pressions qu’il a subies de partout pour abandonner le français. Les efforts qu’il a maintenus sans grand succès pendant cent ans pour donner à ses enfants au moins des écoles françaises, au moins ça. En fin de compte, j’ai compris d’où je venais. J’ai compris où je m’en allais. Et j’ai compris qu’en parlant tout le temps anglais, je tournais au ridicule un courage que j’étais encore loin d’avoir montré moi-même.

Students of collège Boréal, I suspect you feel uncomfortable hearing me speaking English to you so publicly, so officially, on French radio for all to hear. I’m doing it in the hope it might help you realize how out of place you sound speaking English in this building, of all places, after so many people worked so hard for so many years to make this beautiful, ultra-modern, high-tech French language college a reality, for you.

I know you can very well do without my respect or anyone else’s. After all, you are your own man, your own woman. You don’t need to be told what to think and how to behave. You’re living life on your own terms. That’s what I thought I was doing too, before I realized that I still had some growing up to do. I hope to meet some of you some day down the road. But I would have so much enjoyed meeting you now. I somehow had hoped that you would all be different than I was at your age.

Qui parle français en Ontario ? C’est triste à dire. Il y a de petits enfants, il y a des adultes, mais entre les deux, il n’y a pas de jeunesse. Celle qui fait du bruit. Celle qui fait du fun. Celle qui fait de la vie. Ça manque beaucoup. Ça pourrait être vous.


Le 3 octobre 1997. Depuis son ouverture en 1994, le collège Boréal avait occupé des locaux de fortune. Le matin de l’ouverture officielle de son nouveau campus, j’ai livré ce billet en ondes depuis le hall d’entrée, d’où CBON Bonjour diffusait une émission en direct. Un peu ironiquement, j’ai adapté ma langue et mon langage à mon public.

Ce texte fut publié dans le recueil de nouvelles De face et de billet, par Normand Renaud, aux éditions Prise de parole, 2002. Reproduit avec permission.

Quand on devient minoritaire dans sa propre école

Après avoir lu l’article « Perspective sociolinguistique sur le comportement langagier des Franco-Ontariens » de Raymond Mougeon, je me suis mis à réfléchir au problème des ayants droit dans les écoles de langue française en Ontario. Au contraire des écoles de langue anglaise de cette province qui divisent les classes en immersion et en « core French », tous les élèves des conseils scolaires de langue française sont envoyés dans les mêmes salles de classe — qu’ils soient de langue maternelle anglaise ou de langue maternelle française.

En fait, l’idée d’avoir des « ayants droit » qui ne parlent pas un mot de français dans les écoles de langue française est dérangeante en soi. Si l’école de langue française est le bastion qui espère pouvoir permettre un refuge et un endroit d’épanouissement pour les jeunes francophones de l’Ontario (malgré le fait que ce rôle imposé est déjà trop large pour une seule institution), pourquoi cherche-t-on constamment à diluer la francophonie au sein même de celle-ci? Si au moins l’école arrivait à former ses propres enfants dans la langue et culture de l’Ontario et du Canada français, il n’y aurait pas de problème. Comme ce n’est pas le cas, comment peut-on s’attendre à ce qu’elle le fasse avec les ayants droit?

« En effet, c’est en apprenant une langue de leurs parents [qui ne font pas toujours l’effort/ne ressentent pas le besoin d’immerger leurs enfants dans la langue française à la maison] ou des locuteurs natifs qui font partie de leur environnement [c’est-à-dire, leurs camarades de classe, trop souvent unilingues anglophones] immédiat que les jeunes enfants s’approprient les normes linguistiques de la communauté qu’ils deviennent ainsi eux-mêmes des locuteurs natifs de cette langue et qu’ils peuvent éventuellement à leur tour servir de modèle linguistique aux générations suivantes. »

Raymond Mougeon, Perspective sociolinguistique sur le comportement langagier des Franco-Ontariens

Comment alors, les jeunes francophones seraient-ils en mesure de retransmettre quoi que ce soit s’ils n’ont jamais eu la chance de bien acquérir la langue et sa culture associée dès le départ? De toute façon, quelle raison ces élèves auraient-ils pour vouloir l’acquérir tout court? Comme l’a expliqué Rosanna Leblanc en 1969 dans le documentaire de Michel Brault, Éloge du chiac, « parler français parce qu’on est Français, quelle résonance est-ce que ça a chez un enfant qui grandit, qui ne se fait pas de problème de philosophie sur qui il est »?

Déjà dès un jeune âge, l’enfant qui est de langue maternelle française est aliéné, et ce, dans sa propre institution. Ironiquement, c’est au sein de cette même institution qu’il sera écœuré par ses professeurs qui lui répètent « parle français », malgré le fait qu’elles et ils sont responsables pour le contexte poussant l’élève vers l’anglais.

Il ne faut pas oublier les « si vous parlez français, vous aurez des meilleures chances d’avoir un emploi! » fréquemment entendus dans les salles de classe. Comme si le fait de parler sa langue maternelle était justifiable seulement par le fait d’être mieux rémunéré qu’un voisin unilingue! Pourtant, les professeurs continueront à offrir ce raisonnement à leurs élèves parce qu’ils ne sont pas conscients de leur propre culture ou de l’histoire de leur pays. Oublient-ils comment l’union des deux Canada a été achevée? Se rendent-ils compte qu’il existe un autre monde à l’extérieur d’American Idol (laissez faire le défunt Canadian Idol), de UFC et de Jersey Shore?

Bien sûr, il y a des exceptions à la règle. Les bons professeurs existent. Ils exposent leurs élèves à ce qui formera au moins les éléments de base d’une culture générale. Si une faible proportion d’élèves décide de maintenir (au moins en partie) leur identité française, c’est en grande partie grâce aux efforts de ces trop peu nombreux enseignants intelligents et conscients. Ce n’est pas que la culture de langue anglaise est néfaste. Au contraire, la possibilité de s’immerger dans une deuxième langue enrichit sans doute la vie d’un individu. Cependant, si cet individu n’a jamais eu l’occasion de baigner dans la culture de sa première langue c’est certain qu’il la trouvera vide, plate, désuète, inutile, et en conséquence, il l’abandonnera. De toute façon, si on ne cherchait pas à attirer une clientèle anglophone, faudrait-il vanter le bilinguisme autant qu’on le fait actuellement ou pourrait-on insister sur l’excellence du français au lieu?

L’éducation de langue française en Ontario est en danger. Pas par la menace que pose l’anglais, mais par la menace que pose l’instruction par des acculturés et par la menace que pose un milieu anglophone au sein des écoles de langue française. Si on veut pouvoir continuer à vivre en français en Ontario (même si ce n’est pas dans la totalité des sphères de la vie quotidienne), il faudra d’abord former les enseignants en culture et en conscience franco-canadienne afin qu’ils soient en mesure de retransmettre celle-ci à leurs élèves. Apprendre qu’il y a des petits francophones à Shédiac au Nouveau-Brunswick, à Sherbrooke au Québec, à Winnipeg au Manitoba et ailleurs au Canada qui vivent des choses semblables à ceux de Sudbury (ou Ottawa, ou Kapuskasing, ou Hearst) en Ontario, ça peut influencer les choix et ouvrir l’esprit du jeune francophone. Également, il faudra veiller à ce que les élèves qui arrivent en maternelle soient accueillis dans un milieu qui est véritablement entièrement francophone, incluant la cour de récréation. Les conseils scolaires francophones de l’Ontario sauront-ils relever le défi?

Ode aux accents

Je suis québécoise et depuis peu, je travaille dans le domaine de la radio, ici, en Ontario. Mon travail exige que je fasse des efforts pour avoir un certain niveau de français. Ça va de soi, puisque ma voix et mon parler sont mes outils de travail (outils sur lesquels j’ai travaillé pendant deux ans, au collège, et sur lesquels je continuerai à travailler toute ma vie).

Depuis mon arrivée dans la province, il m’est arrivé à quelques reprises que des gens me disent être gênés lorsqu’ils parlaient avec moi parce qu’ils trouvaient qu’ils ne «parlaient pas bien français».

Amis franco-ontariens, je tiens à mettre une chose au clair avec vous, ainsi qu’avec l’ensemble des francophones et des francophiles de ce monde : arrêtez tout de suite de vous sentir mal de ne pas «bien parler français».

S’il y a bien une chose qui rend le français magnifique, c’est ses milliers d’accents provenant de partout dans le monde. Pour moi, le fait que notre langue se présente sous plusieurs formes reflète la diversité des gens qui la parlent et prouve qu’elle évolue, qu’elle s’adapte, qu’elle est vivante.

Qu’elle soit parsemée de «là, là», comme au Saguenay-Lac-Saint-Jean, ou que celui qui la parle termine ses phrases avec des «de» (franco-ontariens, vous savez de quoi je parle de), ma langue, je l’aime et je la trouve belle.

Bien sûr, il y a quand même un certain code à respecter pour ce qui est de l’écrit. Je considère qu’avoir une écriture de qualité est primordial, peu importe la langue. De toute façon, écrire et parler sont deux choses bien distinctes. Je crois toutefois qu’il faut parler le français avec notre cœur, sans avoir peur d’assumer la manière dont il a été façonné par notre histoire.

Bref, que vous ayez un accent belge, québécois, franco-ontarien ou rwandais, ce n’est pas important. L’important, c’est de continuer à parler le français, à le transmettre avec toute sa complexité et sa richesse et, d’abord et avant tout, d’en être fier.

La corde

Lors des premières conciliabules à l’origine de la renaissance de taGueule, on avait proposé qu’on s’appelle La corde. Ce texte poétique fut pondu à cet effet.


la corde
parce qu’il faut
qu’on s’accorde

en dépit du fait
qu’en effet
c’est con sa corde
celle-là la sienne
malsaine

mais la nôtre
tenue toujours à l’horizon
d’une oréalité tantôt
récalcitrante

la corde au coup de foudre
trop tôt ou tard
parce qu’on n’est pas à bout
de souffle

on sait crier
avec nos crayons de soleil

le dessin d’un destin dénudé
des désuets droits aux buts
sans bornes sur lesquelles
on pourrait se pendre
au lieu de se
répandre


Photo: Corde en tête, Etienne Revault, 1991

Les grenouilles en voie de disparition dans le Nord de l’Ontario

M. David Lesbarrères, biologiste à l’Université Laurentienne, nous explique que les amphibiens sont en voie de disparition dans le Nord de l’Ontario.

« Les populations d’amphibiens font face à de nombreuses menaces dans le Nord de l’Ontario telles que la disparition des habitants, l’absence de connectivité et les MIE (les Maladies infectieuses émergentes des amphibiens) », dit-il.

En fait, la situation à Sudbury présenterait un cas extrême. Le sort des grenouilles, déjà menacées par ces facteurs externes, serait empiré par une cannibalisation de leurs effectifs. Au lieu de veiller au bien-être de leurs populations, plusieurs grenouilles plus âgées empêcheraient l’épanouissement des têtards en consommant les substances nutritives de leurs œufs avant que ceux-ci aient éclot.

Heureusement, M. Lesbarrères affirme être à la recherche d’une solution. « Ma recherche intègre ces différentes menaces pour mieux appréhender l’adaptation aux changements environnementaux de manière à améliorer notre compréhension du déclin global des populations d’amphibiens », précise-t-il.

Qui le sait? D’ici peu de temps, peut-être que le chercheur trouvera une solution permettant aux grenouilles de s’épanouir à nouveau dans le contexte laurentien, le Nord ontarien, le Canada en général, et même le monde entier.

L’ennemi parmi nous

On a beau critiquer les actions originaires de la communauté anglophone de l’Ontario, mais ce serait oublier un grand problème existant chez les jeunes Franco-Ontariens. Si ce n’est pas la réalité de toute la province, ce l’est au moins dans la région de Toronto, où cohabitent deux conseils scolaires de langue française. De l’extérieur, ces bâtisses représentent tous les exploits et les sacrifices des Canadiens français s’étant battus pour leurs droits, des Patriotes à nos jours. On s’attend alors à y retrouver des jeunes fiers de leur langue, de leur culture et de leur héritage. Malheureusement, on sait bien que les apparences sont très souvent trompeuses, comme dans ce cas. En y posant pied, on n’entend pas un seul mot de français de la part des élèves. En effet, c’est l’anglais, et même parfois l’arabe, qui y est la langue d’usage. James Whitney, le Premier Ministre de l’Ontario qui a fait passer le célèbre Règlement 17, en serait très fier.

Il est vrai qu’autrefois l’ennemi du Canadien français était l’Orangiste, mais de nos jours, il est son propre ennemi. Pourrait-on vraiment dire que tous les élèves de ces écoles dites francophones sont des Franco-Ontariens? Aucunement. Ce serait une terrible insulte envers tous ceux et celles qui ont tant fait pour les droits des Canadiens français, mais surtout des Franco-Ontariens. Tandis que certains renient leur héritage francophone, d’autres le dissimulent. Ce n’est qu’une petite minorité qui s’affirme et se dit fière. Évidemment, ce n’est pas facile pour eux, se retrouvant comme victimes dans l’institution qui se devait de les protéger. Ils se font ouvertement appelés « fags » et on les critique pour leur choix linguistique pas « cool », mais qui est, après tout, le leur.

Si un étudiant francophone voulant s’exprimer dans la langue de ses aïeuls dans une école francophone se fait demander : « Why are you speaking french? », alors comment peut-on espérer une solidarité franco-ontarienne? Si un étudiant demandant à son enseignant d’éducation physique s’il peut regarder une vidéo d’exercices en français se retrouve sur le banc dans ses équipes sportives, comment peut-on croire que ces écoles promeuvent vraiment notre culture et notre langue? Si un enseignant crie après une élève de neuvième année ayant demandé de regarder une vidéo en français et qu’elle en pleure, peut-on espérer un meilleur avenir pour notre minorité? Si, dans une école, un élève ne peut être lui-même sans être persécuté, arrêtons de dire que tout va bien et cherchons des solutions.


Photo : Archives de la ville de Toronto

Cornwall: le docteur est malade

Début février, le bon Dr Dany Tombler s’offusque de la publication d’une publicité qui vise à recruter des infirmières à l’Hôpital communautaire de Cornwall. La raison? La politique d’embauche d’infirmières bilingues dont l’hôpital s’est doté pour respecter ses obligations en vertu de la Loi sur les services en français de l’Ontario.

Le bon Dr Tombler invite les bons Cornwalliens (Cornwailleux? Cornwallois?) à cesser de contribuer à la campagne de financement du méchant hôpital.

Apparemment, pour le Dr Tombler, les besoins des patients francophones de la région sont secondaires. Que voulez-vous? C’est en anglais qu’il a fait son serment d’Hippocrate.

Le canton voisin, South Stormont (SS), s’empresse de suspendre son financement annuel de 30 000 $, qui doit être versé jusqu’en 2015 pour contribuer au projet d’immobilisation de l’établissement. La mairesse suppléante Tammy Hart déclare même qu’« en ces temps d’austérité, l’abolition du ministère ontarien des Affaires francophones » devrait être envisagée.

Bon. Je n’habite pas à SS. Je n’y habiterai d’ailleurs jamais. Mais cette guéguerre doit préoccuper tous les Franco-Ontariens. On parle de sacrifier le ministère des Affaires de la minorité sur l’autel de l’économie. La communauté franco-ontarienne n’en a rien à gagner, à part peut-être la disparition de Madeleine Meilleur.

La main invisible de l’opinion publique

On parle souvent de la main invisible de l’économie, un concept à la limite du ridicule selon lequel le marché est régulé par une sorte de main fantôme. Et de nombreux économistes, pourtant peu versés dans la parapsychologie, y croient dur comme fer.

Alors permettez-moi d’inventer la main invisible de l’opinion publique franco-ontarienne. Cette main pointe actuellement vers l’hôtel de ville de SS et son majeur est bien haut dressé.

Contre-attaque

Peut-on raisonner les élus de South Stormont en utilisant des arguments constitutionnels? Peut-être, mais il apparaît plus sage d’utiliser la même arme économique qu’ils invoquent.

Voilà ma proposition: le premier blocus économique franco-ontarien.

Ainsi, je m’engage solennellement à ne plus arrêter faire le plein, manger ou dépenser le moindre sou à SS tant que le financement municipal pour l’hôpital ne sera pas rétabli, tout en préservant la politique d’embauche bilingue de l’hôpital. J’invite les Franco-Ontariens, les Québécois, les francophiles, les anglophones tolérants et tous les autres mammifères sensés à faire la même chose.

Si les élus de SS se montrent imperméables aux arguments historiques et constitutionnels, ils ne le seront pas face à des gens d’affaires aux abois.

Une fois le financement annuel de 30 000 $ rétabli, nous retournerons manger dans les fast-food de SS, qui provoqueront des indigestions. Nous nous dirigerons ensuite fièrement vers l’hôpital communautaire de Cornwall, fraîchement rénové, où nos maux de ventre seront soignés dans la langue de notre choix.

La génération franco-prime

« Franco-prime! » s’exclama l’enseignante.

« But Madame, I don’t even know how to say ‘Mega-Zord’ in French! » réponda l’enfant.

« Maintenant tu vas m’en devoir deux ».

« This sucks! I never get to go to the Franco-fête madame! » s’exprima à nouveau l’enfant.

« Bon ça y’est, tu as déjà perdu tes trois franco-primes pour la semaine, Jeffrey. »

Une scène fréquente dans les salles de classe de l’Ontario français des années 90. Visant à encourager les jeunes à parler en français en leur accordant une récompense à la fin de l’année (encan, sortie scolaire ou autre), les Franco-primes ont souvent eu l’effet inverse dans les écoles franco-ontariennes.

Étant donné le manque de succès de ce système, il a finalement été écarté au début des années 2000 en raison de la hiérarchisation (non voulu) qu’elle créait au sein des salles de classe de l’Ontario français. Toutefois, un équivalent a été créé depuis : les Étoiles du mois. Au lieu de récompenser les enfants avec des sorties scolaires ou des encans, on fait tout simplement proclamer le fait qu’un enfant parle plus souvent le français que ses camarades de classe devant l’école au complet durant une cérémonie au gymnase et on lui accorde un certificat.

Bien que l’initiative vise à souligner l’effort que fait cet enfant et faire de lui l’exemple à suivre pour ses camarades de classe, la pratique demeure problématique à plusieurs égards.

Premièrement, en créant une hiérarchisation de la langue dans les salles de classe comme les Franco-primes le faisaient jadis, les Jeffrey de l’exemple ci-dessus n’ont habituellement aucune chance de remporter un tel certificat ou d’être valorisés pour l’effort qu’ils consacrent à parler le français.

Un deuxième problème n’est pas le fait qu’on cherche à souligner le franc-parler des « étoiles du mois », c’est plutôt le fait qu’on cherche à valoriser ce qui devrait être la norme. Existe-t-il des initiatives où l’on souligne le fait qu’un élève parle mieux l’anglais que le restant de ses camarades de classe dans les écoles de langue anglaise de la province?

Finalement, il faut souligner le fait que ce genre de système n’a pas les effets voulus. Au lieu de rassembler les élèves au gymnase de l’école pour une cérémonie mensuelle, ne pourrait-on pas concevoir une activité en salle de classe où les jeunes seraient responsables de consommer de la culture francophone en salle de classe? Au lieu qu’on impose le premier disque de Gabrielle Destroismaisons (il a dix ans quand même…) durant une session formelle de formation culturelle, il serait sans doute plus sage de laisser les élèves guider la recherche culturelle. Pourquoi ne pas les envoyer faire une recherche collective dans Internet afin de trouver un nouveau disque de musique ou un film de langue française pendant 30 minutes?

On me dira que le « big bad Internet » est plein de cochonneries et que ça ne serait pas prudent de faire ainsi. Est-ce vraiment plus dangereux de faire une recherche pour de la musique émergente ou des clips d’émission de télévision que de faire une recherche sur Jacques Cartier? Ne vous inquiétez pas, ça sera sans doute moins pire que le contenu du nouveau Call of Duty que vous avez acheté à votre enfant la semaine dernière (la cote M désigne 17 ans et plus pour de très bonnes raisons…) Il semble que cela serait une utilisation plus efficace non seulement des outils disponibles aux écoles (connexion Internet, projecteurs multimédias, tableaux d’affiche) mais également du temps de préparation des enseignants. Cette solution réduirait effectivement le montant de travail qu’engendre la formation culturelle dans les écoles de langue française de l’Ontario.

Qui le sait? Peut-être que les enseignants profiteraient aussi de ces recherches…

Lettre aux éditeurs: Pour un « Parlement franco-ontarien »

Cette lettre à l’éditeur sur la création d’un forum pour les franco-ontariens a été publiée dans plusieurs hebdomadaires des quatre coins de la province en janvier 2012Monsieur Dignard nous a contacté pour qu’on la publie sur chez nous. La voici.


Pour un « Parlement franco-ontarien »

Moi j’estime que le temps est venu de créer un véritable forum où les Franco-Ontariennes et les Franco-Ontariens se rencontreraient pour discuter de n’importe quelle question concernant le développement et l’épanouissement de l’Ontario français.  Je parle ici d’un forum où les individus (pas des représentants de groupes, d’associations ou d’institutions avec les mains liées) se pointeraient périodiquement à des endroits différents en province pour adopter des positions qui seraient dans l’intérêt supérieur de la communauté franco-ontarienne.  J’appellerais un tel forum Le Parlement franco-ontarien.

Je m’imagine une rencontre quelques fois l’an de personnes passionnées, voire désabusées, qui n’ont pas de forum et qui en cherchent un pour faire valoir des idées concernant le mieux-être des Nôtres.  En d’autres termes, il s’agirait d’une assemblée complètement libre de se prononcer sur n’importe quel volet de la situation franco-ontarienne n’importe où en province.  À mon avis, certaines résolutions prises dans ce forum pourraient faire avancer ou débloquer des dossiers importants mais stagnants en Ontario français.  Certaines propositions pourraient être récupérées par des décideurs publics (ce serait tant mieux) et d’autres résolutions pourraient même faire la leçon à certains de nos pseudos leaders politiques et communautaires.

Qui serait membre de la députation ?  Tous ceux et celles qui habitent en Ontario, qui parlent le français et qui veulent en faire partie.  Comment opérerait ce forum ?   Aucune subvention gouvernementale.  Les gens qui souhaitent assister aux rencontres paieraient toutes les dépenses de leur poche.  Si un philanthrope offrait un don sans aucunes conditions envers ce Parlement, on prendrait l’argent évidemment.  Comment s’organiserait une première rencontre ?  Quelques personnes intéressées retiendraient une date, identifieraient un lieu de rencontre, lanceraient une invitation publique et on verrait ce que cela donne comme participation.  Comment se déroulerait la première assemblée et qu’est-ce qui serait discuté ?  Les gens présents à cette rencontre le décideraient sur place.  Et s’il s’agissait d’un fiasco comme première réunion ?  Pas la fin du monde… il n’y aurait vraisemblablement pas une deuxième rencontre !

Y a-t’il des preneurs pour une première session ?

 

Serge Dignard
North Bay, Ontario


Photo: Extrait du documentaire J’ai besoin d’un nom, ONF, 1976

Il est grand le mystère de la voix

Avec un p’tit 4 heures de sommeil dans l’corps, les yeux petits comme des pois, notre ronde du chapelet médiatique de l’Ontario français a commencé à 7h20 hier matin à l’émission Le matin du Nord sur les ondes de CBON Radio-Canada dans le Nord de l’Ontario.

Claqué et pompette, on se présente en studio.  Voici ce que ça l’a donné.

Ensuite, Félix et moi on va déjeuner au Gus’s avant d’entrer chacun au boulot. Le téléphone sonne. Ah, c’est le Téléjournal Ontario maintenant. On se rencontre au bureau de Bureau au coeur de centre-ville de Sudbury pour accorder une entrevue de 40 minutes qui sera tranchée à 2 soundbites qui font 15 secondes chaque. C’est ça la game.

[button text=’ Voir le reportage au Téléjournal Ontario. Bloc 3/5 à 18:20 ‘ url=’ http://www.radio-canada.ca/audio-video/pop.shtml#urlMedia=http://www.radio-canada.ca/Medianet/2012/CJBCT/LeTelejournalOntario201202221759.asx ‘ color=’ #000000 ‘]

 

Pendant l’entrevue, Félix et moi sortons nos mobiles à chaque chance qu’on a pour suivre le fil des discussions, qui bat déjà à plein feu sur le site. It feels good.

François Boileau, commissaire aux services en français de l’Ontario, tweet sur nous :

C’est parti. Radio-Canada Internet publie un article :

Le nouveau site Internet franco-ontarien tagueule.ca est en ligne depuis mercredi matin. Il s’agit d’un espace de libre expression, où collaborent une trentaine de rédacteurs de partout au pays, mais surtout de l’Ontario. Ces collaborateurs proviennent de tous les milieux.

Selon l’un des fondateurs, Christian Pelletier, le webzine a pour objectif de susciter la discussion.

« Nous n’avons pas de plateforme où nous pouvons vraiment nous permettre de nous critiquer, puis de dire que cet album-là, ce n’est pas bon, par exemple. Ou pourquoi ne parlons-nous pas de fusion de conseils scolaires ? Je ne dis pas que c’est la direction à prendre, mais pourquoi sommes-nous complètement en train d’éviter le sujet ? Que nous soyons d’accord ou pas, qu’on en discute », déclare-t-il.

M. Pelletier est insatisfait du niveau de débat dans la communauté franco-ontarienne.

tagueule.ca renaît sous une nouvelle forme, puisqu’avant, la plateforme était un forum de discussion.

[button text=’ Consultez l’article au complet sur Radio-Canada.ca ‘ url=’ http://www.radio-canada.ca/regions/Ontario/2012/02/22/005-webzine-franco-ontarien.shtml ‘ color=’ #000000 ‘]

Ensuite, c’est Relief. J’enfile mon sports coat pour masquer les poches sous mes yeux.

[button text=’ Voir l’entrevue à Relief à 41:20 ‘ url=’ http://relief.tv/accueil/2 ‘ color=’ #000000 ‘]

 

Ma grosse face qui placote et saccade via Skype mais je m’en sors correct malgré la fatigue qui commence à avoir le mieux de moi.

Finalement, j’entre chez nous rencontrer quelques collaborateurs autour d’un verre de vin. Jour 1 tire à sa fin, mais on nous réserve une dernière surprise.

Le Voir de Gatineau/Ottawa a ramassé la nouvelle. Guillaume Moffet signe le billet S’ouvrir la gueule qui parle autant de la relance d’aujourd’hui que des vaches sacrées qui ont été sacrifiées à l’autel de taGueule entre 2004 et 2007. En voici un extrait:

Le site taGueule.ca, qui jadis, au milieu des années 2000, a été un portail d’idées 100% franco-ontarien, renaît ces jours-ci de ses cendres. Forum de discussions sociales et culturelles, il avait dans sa mire, de façon très divertissante il va sans dire, des intouchables du paysage franco-ontarien (on se souviendra du tumulte causé par un texte qui contestait la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne ou du jour où quelques plumes critiquait la musique [sacrée] de Swing). C’était la première fois depuis des lunes qu’un discours de la marge, qui véhiculait des idées antinomiques avec le courant dit «grand public», revêtait une si grande importance et, du coup, faisait des grosses vagues polémistes et révoltées en direction des nombreuses instances qui agissent de près ou de loin auprès des populations qui s’identifient au drapeau blanc et vert.

[button text=’ Consultez l’article au complet sur Voir.ca ‘ url=’ http://voir.ca/chroniques/sur-le-fil/2012/02/22/souvrir-la-gueule/ ‘ color=’ #000000 ‘]

Ça part bien le carême. Il est grand le mystère de la voix.