L’école française: une bonne école d’immersion

Je suis élève d’une école secondaire catholique du centre-sud de l’Ontario.

Ceci est mon appel à l’aide.

Au moment d’écrire cet article, je me vois entouré d’élèves et de personnels d’écoles qui semblent vouloir traverser la ligne entre une école de langue française et une école d’immersion. Dresser une ligne claire semble être notre plus grand défi aujourd’hui.

Voici, puisque pour plusieurs (moi inclus jusqu’à récemment), la différence entre une école de langue française et une école d’immersion est floue. Une école d’immersion a pour objectif de transmettre le français comme mode de communication verbale et écrite. Et, soyons honnêtes, la plupart accomplissent à merveille leur mandat. De ces écoles, plusieurs élèves en ressortent épatés par une nouvelle langue qui leur est donnée. Malheureusement, ce n’est pas le cas dans les écoles dites «de langue française»!

La problématique est la suivante: des huit écoles secondaires de mon conseil scolaire, il y en a une seule qui peut se dire forte culturellement. J’envie les élèves qui y étudient. Une sur huit? 12,5%? Pitoyable. Il se peut bien que celle-là soit la seule à pouvoir mériter le titre d’école de langue française.

Revenons aux définitions. Une école de langue française a pour mandat de transmettre la culture francophone, en particulier au secondaire, puisqu’arrivé là, le français devrait être une méthode de communication maîtrisée par les élèves. Nous savons bien que ce n’est pas le cas, du moins pas dans le centre-sud, mais on crée certainement une belle image. L’enseignant dans une école d’immersion donne 100% de son temps payé à transmettre le savoir (donc le matériel du curriculum) aux élèves. L’enseignant d’une école de langue française est sensé donner 50% de son temps afin de remettre aux élèves le même savoir. L’autre 50% est la fameuse ligne, celle qui différencie les francophones des anglophones qui ont eu la chance d’apprendre la langue de Molière: c’est la transmission de la culture.

Et elle ne s’effectue pas.

Quand les membres du personnel, enseignant et non, parlent entre eux dans une autre langue que le français, et pire, qu’ils parlent aux élèves de la même façon, comment est-ce qu’une école peut oser s’appeler une école de langue française? Les élèves s’en foutent, les enseignants s’en foutent, la direction s’en fout, tout le monde s’en fout!

Cependant, cela n’est pas pour dire que personne n’ose contrer le système plutôt que de le respecter. Il y a en effet certains enseignants qui constatent cette réalité et la jugent inacceptable. Il y a des étudiants, comme moi-même, qui font face à cette adversité et se relèvent à chaque fois que quelqu’un nous demande «Why are you speaking French at school?», mais nous sommes dans la minorité. En effet, en 2009, seulement 31% des élèves du secondaire de mon conseil ont rapporté qu’ils parlaient souvent en français à l’école. Nous avons complètement perdu notre sens d’appartenance à l’école. Différents des autres uniquement par la langue dans laquelle nous choisissons de nous exprimer, nous sommes maintenant des rejets sociaux. Il nous arrive souvent de penser à changer d’école, afin de finalement trouver un espace francophone sécuritaire, où nous ne recevrons plus de menaces, plus de «Go back to Québec!» Mais on comprend que notre avenir consistera en une bataille pour une école de laquelle je graduerai l’an prochain, pour une école qui s’en fout, pour une école qui ne cesse de nous pousser à terre.

Mais on se lève, et on se lèvera encore et encore, afin de ne jamais laisser notre chère culture tomber. Mais nous avons besoin d’aide. Le sud est trop souvent négligé par la FESFO, qui se dit la voix des jeunes Franco-Ontariens. Une ruée vers la francophonie se réalisera bientôt: il s’agit simplement de montrer aux élèves et aux enseignants à quel point la culture tombe dans une catégorie marquée «indispensable».

Je ne prétends pas être parfait. Je parle en anglais à l’école, et même si je le fais moins qu’en français, oui, je le fais. Mais je l’accepte. D’autres, non. Je ne serai jamais parfait, ni moi, ni mes compatriotes. Dans ce milieu, ce serait littéralement impossible. Et l’impossible, on ne l’atteindra jamais, mais il nous sert de lanterne.

  • LeCanardHasBeen

    Quel excellent article « coup-de-point »! La raison pour laquelle je reviens sur TG!

  • J’endosse complètement le commentaire de CanardHasBeen. Quel excellent article coup-de-poing!

  • Un beau témoignage qui, à mon avis, décrit bien la réalité de ce milieu scolaire qui nous ressemble de moins en moins.

  • LeCanardHasBeen

    Alors si les programmes francophones ne sont pas capables de transmettre cette culture francophone, le cas présenté par CPF BC-Yukon devant un comité sénatorial devient de plus en plus criant. A mon humble avis, non seulement les programmes francophones ont de grosses questions à se poser mais aussi la société canadienne en général. Et je ne suis pas sûr du tout si dans le contexte actuel de crise en éducation, les programmes francophones sont capables de se poser véritablement les questions. Pas plus que la société canadienne en général ne soit capable, nos médias ou encore nos dits « porte-paroles ». Le « non-dit » continue à dominer, nos médias continuent à dormir debout « walking dead » et nos jeunes à payer la dette. Au moins TG est là à faire sa part. TG mériterait de meilleurs soutiens à mon avis.

  • Quand le milieu scolaire nous assassine…!

  • NiLaforge

    Quel beau témoignage d’un jeune préoccupé par la survie de sa langue et de sa culture!  Dommage que dans sa classe il est probablement le seul qui comprenne les enjeux…  Oui, le personnel de son école a une grande part de responsabilité en ce qui concerne transmettre le goût et le désir d’appartenir à sa culture mais les parents, quand vont-ils prendre leur part du gâteau?  La culture, la langue ça doit se vivre à l’extérieur de l’école, autrement on ne peut se les approprier vraiment.

  • NiLaforge,

    Pour moi, ma préoccupation présente est en salle de classe, simplement puisque je suis conscient du fait que je n’ai pas de poids auprès des parents des autre élèves, et même, à un certain degré, les miens. Je suis d’une famille hexogamme, comme la majorité des élèves de mon école, et une grande partie de mes interactions familiaux se passent en anglais. L’école devient donc LE SEUL endroit ou le français peut devenir ma langue d’utilisation, et j’aimerai exercer ce droit. Merci à toi et à tous les autres qui ont pris le temps de lire mon article.
    Lucas

  • LeCanardHasBeen

    Pas sûr si ne jamais au grand jamais parler anglais dans l’école francophone serait suffisant pour le personnel enseignant afin de changer la tendance lourde. Le personnel enseignant (+ direction) ne se foutent pas à mon avis de la situation actuelle dans les écoles, mais la regrettent *intensément* dans leur for intérieur. Ça gruge tous et chacun à en juger par les épuisements professionnels. Peut-être l’extériorisent-t-ils mal quand il n’y a pas de solution connue à ce jour au problème de l’assimilation d’une petite démographie à une plus grande. Un peu comme l’entropie.

    Beaucoup d’experts en milieu minoritaire ont essayé de rendre le français une langue autre que « celle des devoirs » mais n’ont pas réussi à ce jour e.g. les fervents de « construction identitaire » qui donnent des colloques sur le sujet mais ne sont jamais là pour défendre l’identité du minoritaire continuellement assaillie par les plus grands groupes linguistiques et culturels.

    Comment donc établir le rapport émotionnel avec la langue permettant ce « transfer de culture » recherché? Peut-être que quelqu’un qui connait mieux la réalité du terrain que nos « experts » pourrait aviser des trois meilleures pratiques (et des trois pires) qui permettraient de changer la tendance. En réponse à cette enfilade ou encore en guise de prochain article? A+ professeur Lucas. Et au plaisir de lire un prochain article!

  • Trop vrai. L’anglais semblait même être la langue quotidienne des jeunes d’une école secondaire  dans une communauté au nord de l’Ontario qui se déclare 45% francophone. Le plus triste c’est que pour la plupart des jeunes la langue de communication à la maison était surtout le français. Donc, pourquoi est-ce que la langue de communication à l’école devrait changer à l’anglais? Qu’est-ce qui ne marche pas dans nos conseils scolaires? Ça me dépasse autant que toi.

  • 48 heures depuis la mise en ligne de ce billet et toujours pas de réponse du CSDCCS.

    Vous savez quoi faire.

    Réjean Sirois, directeur de l’éducation et secrétaire-trésorier
    [email protected]
    416-397-6564 ou 1-800-274-3764, poste 73100

    André Blais, surintendant de l’éducation par intérim
    [email protected]
    416-397-6564 ou 1-800-274-3764, poste 73320

    • LeCanardHasBeen

       A quand la prochaine chronique de nécrologie de monsieur Croquemort? 😉