Le débat: Une démarche nécessaire trop souvent mal menée

L’arrivée des médias sociaux marque le début d’une nouvelle ère en matière de partage d’informations et d’opinions. Désormais, en seulement quelques clics, le commun des mortels peut communiquer, échanger et débattre avec des gens du monde entier sur des milliers de plateformes. Une effervescence qui me fascine et qui me dérange aussi à plusieurs niveaux parce que malheureusement, je constate que beaucoup d’internautes semblent mal interpréter ce concept. Jour après jour, j’assiste à des échanges sur des questions comme la hausse des frais de scolarité au Québec, par exemple, et j’arrive difficilement à retenir mon envie de littéralement briser des murs. Voici donc quelques exemples typiques de ce qu’on peut observer sur le web et qui nourrit mes petites poussées de violence (et d’urticaire).

Liletrer

Ce spécimen est facile à repérer pour des raisons qui sont assez évidentes. À travers chacun de ses commentaires, l’illettré tente de réinventer le monde tout en réinventant la langue française de A à Z.

Je ne dis pas qu’on devrait discréditer l’ensemble de l’argumentation de quelqu’un pour quelques petites fautes. Que celui qui n’en a jamais fait lui lance la première grammaire! Par contre, j’ai beaucoup de difficultés à accorder une quelconque crédibilité aux arguments de quelqu’un quand j’arrive à peine à les comprendre tellement c’est mal écrit.

Le daltonien

Le daltonien est celui qui voit la vie en noir et blanc. Quand il participe à un débat, c’est pour apporter le moins de nuances possibles grâce à sa vision du monde qui a été dessinée avec de très, très gros traits. Pour lui, par exemple, tous les musulmans sont des méchants terroristes qui veulent nous imposer la charia et tous les anglophones sont des «French Haters» qui ont des vomissements dès qu’ils entendent quelqu’un qui ose parler en français «in their country».

Pour votre information, la vie n’est pas un film de Walt Disney. Il n’y pas de gentils ou de méchants. Si vous avez l’intention de défendre votre opinion à grands coups de généralisations et de préjugés, abstenez-vous. Vous ne faites que démontrer que vous n’avez pas compris l’enjeu sur lequel vous vous prononcez dans toute sa complexité. Bref, vous étendez votre ignorance sur la toile.

L’agressif

Prenez garde. Si vous avez le malheur de ne pas avoir la même opinion que l’agressif, vous devenez la cible d’une série d’attaques plus mesquines et gratuites les unes que les autres. Menaces de morts, insultes basées sur l’apparence physique ou sur la nationalité, l’agressif est prêt à tout pour démontrer que ses positions valent plus que «vos cr*** d’opinions de ma***».

La liberté d’expression, c’est bien beau, mais n’oublions toutefois pas qu’un débat est une guerre d’arguments et non une guerre d’insultes. Si vous n’êtes pas en mesure de défendre vos idées sans avoir recours à des attaques personnelles, c’est qu’elles ne tiennent pas la route ou que vous n’avez pas l’intelligence nécessaire pour le faire dans le respect. Donc, peu importe l’enjeu sur lequel vous vous prononcez, entendons-nous pour dire que le respect, c’est la base. Point.

Le pseudo-intellectuel marginal

Le pseudo-intellectuel marginal est un spécimen fascinant. Son objectif est simple: briser toutes conventions. Quand il participe à un débat, il tente la plupart du temps d’être le plus controversé possible. Peu importe si ses propos n’ont aucun sens et ne font avancer la question d’aucune manière, il aime provoquer, c’est tout.

Je considère qu’il est parfaitement louable de vouloir refaire le monde. En fait, je crois même que c’est grâce à ceux qui n’ont pas eu peur d’aller contre le courant et d’ébranler les conventions que beaucoup de choses ont avancé. Il faut toutefois préciser que ces gens proposaient des idées pour améliorer ce qu’ils dénonçaient, qu’ils avaient une vision. C’est facile de dire que la société en général est merdique et que tout ce qui a été fait ne vaut rien. En contrepartie, ça l’est beaucoup moins de proposer des façons concrètes de l’améliorer et d’agir. Bref, de faire plus que provoquer pour provoquer.

Appel à tous

Que ce soit sur Facebook, Twitter ou sur n’importe quelle autre plateforme, je vous invite à essayer de rendre chacun des débats que vous menez le plus utile et constructif possible. Saisissez l’opportunité que nous offrent les réseaux sociaux de connaître les arguments de tous, qu’ils soient ceux de gens de gauche ou de droite, de riches ou de pauvres, de femmes ou d’hommes, etc. Construisez-vous une opinion éclairée et défendez-là avec pertinence, faits et nuances. Ne pensez surtout pas que je cherche à museler qui que ce soit. Au contraire, je veux que nous soyons tous en mesure d’échanger de façon civilisée et intelligente malgré nos divergences d’opinions. Selon moi, c’est le seul moyen de changer le cours des choses et d’arrêter de tourner en rond.


Publié le 25 mars 2012 sur mon blogue personnel frederies.tumblr.com.

Photo: Henri Cartier-Bresson

Lettre ouverte : Écraser pour mieux avancer…

TaGueule existe depuis près de deux semaines déjà. Quel accomplissement! Une première visite sur le site internet impressionne. Il a fallu beaucoup d’effort, d’énergie et de consultation entre confrères et consoeurs pour arriver à un tel succès! Et cela entre francophones, convaincus ou non, de leur identité. L’important c’est qu’on se parle, qu’on se dise comme on est; que ce soit beau ou non.

Sur ce, un lecteur, une lectrice ne peut faire autrement que de remarquer le ton que prend taGueule. Bien sûr il s’agit de partager une critique, une opinion, des faits sur ce que vivent, connaissent et subissent même parfois les Franco-Ontariens. Mais il s’agit aussi et surtout de commenter ces articles. Doit-on toujours le faire de façon négative? On ne doit pas nier l’existence de problèmes flagrants dans nos communautés. Au contraire, il faut se le dire! Mais doit-on toujours employer un ton négatif pour le faire?

Il est possible de présenter les forces, les faiblesses, les manques d’intérêt, les frustrations, les défaites, les cruautés, les manques de compréhension, de justice et ainsi de suite dans un langage respectueux. Les francophones sont-ils arrivés au point où ils doivent écraser tout ce qui leur déplait pour croire qu’ils avancent et qu’ils favorisent le changement? En s’abaissant continuellement on ne se fait aucune faveur. Nous ne sommes pas une race éteinte! La preuve c’est que nous sommes là, que vous êtes là et que vous parlez.

Pour revenir à taGueule, les commentaires devraient être reliés aux articles, non? Alors, pourquoi toujours viser et accuser celui qui n’est pas d’accord avec nous et le traiter de con… au lieu de commenter l’article lu ? Nous avons tous quelque chose de beau en commun: taGueule. Alors, pourquoi ne pas se respecter entre nous et tenter de comprendre le point de vue de l’autre sans l’abaisser. Ça manque de goût et de maturité.

Il est évident que tout n’est pas rose ni positif, mais comme francophones de la race humaine, faisons-nous une faveur et tenons-nous debout, ensemble pour avancer et non reculer.

Et à ceux et celles qui croient que leur séjour dans les écoles francophones ne leur ont pas été favorables et bien vous en prouvez le contraire en faisant partie de l’équipe de taGueule! Faut pas lâcher!

En espérant avoir été directe tout en gardant mon intégrité.

 

Nicole Laforge


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