Et si la Reine jouait au curling?

C’est le soixantième anniversaire du règne de la Reine Élizabeth. Who gives a shit?!

On dira ce que l’on voudra sur la Confédération, les rébellions de 1837, le statut de Westminster et le rapatriement de la Constitution, le Canada est toujours assujetti à la souveraineté de la monarchie britannique. C’est sa belle face, toujours vieillissante, qui apparait sur nos sous et notre argent.

Une examination un peu plus profonde du statut de la monarchie au Canada révèle que notre Reine n’est pas la Reine d’Angleterre, mais plutôt que la Reine Élizabeth est simultanément la Reine d’Angleterre, la Reine du Canada, la Reine de l’Australie et la Reine de la Nouvelle-Zélande, etc.

Je réclame une royauté canadienne, proprement dite. Au lieu de partager la face sur notre argent avec d’autres pays, pourquoi est-ce qu’on n’adopte pas un Prince qui viendrait marier une petite gaspésienne et qui deviendrait notre Roi, pour élever ses enfants au Canada. Ou encore mieux, s’il mariait une canadienne-française de la Saskatchewan et que ses enfants étaient ayant droits, pour qu’ils puissent recevoir une éducation francophone hors Québec. Ils deviendraient dans ce cas autant, si pas plus, canadiens que nous.

Ça pourrait nous donner, dans une génération, une royauté proprement canadienne, bilingue et biculturelle. Comme dans le cas de la royauté belge (le Roi des Belges, et non le Roi de la Belgique), on aurait un monarque du peuple et non du pays. Un roi ou une reine de la troisième solitude, celle des Canadiens bilingues.

Le sentiment républicain au Canada n’a jamais été une force majeure en politique. La fascination du Canada (et du monde entier) avec le mariage du Prince William confirme qu’on aime ça en titi la royauté, même si on est conscients quelque part que c’est complètement dépassé et inutile. Les seuls à se plaindre seraient les journalistes, qui verraient disparaître leurs chances de devenir gouverneur général.

Si on tient tant à conserver ce symbole archaïque et dépassé d’une quelconque autorité, pourquoi ne pas avoir un symbole qui nous représente? On est pognés avec cette monarchie de toute façon, pourquoi pas les faire travailler pour nous un peu? Au lieu de donner à nos Princes une vocation militaire, comme c’est le cas avec les petits Windsor en Grande-Bretagne, on pourrait les inscrire dans un programme de hockey local, et faire d’eux des joueurs de hockey de calibre professionnel. On s’en crisse pas mal du polo et du cricket, right?

Imagine ça, le Roi du Canada, premier choix au repêchage. Et pourquoi s’arrêter là? Il pourrait devenir propriétaire d’un club, un genre de player-coach-GM à la Reggie Dunlop. On pourrait déménager les Kings de LA à Saskatoon, à Moncton, à Sudbury… Pas besoin de s’inquiéter des finances, le Roi en aurait plein! Sa femme aussi pourrait faire un effort, soit jouer au curling, faire du bobsled, ou encore même du patinage artistique. À quand un Roi qui participe à des concours de bucherons? Un Prince qui fait du rodéo au Calgary Stampede? Une Princesse animatrice à MuchMusic?

Tant qu’à y être, on pourrait réviser les faces sur notre argent. Pourquoi pas Robert Nelson sur le 20$? Pourquoi pas Louis Riel sur le 25 sous? Étienne Brulé sur la cenne noire? Lord Durham sur le billet de mille? Rush? Gerry Boulet? Paul Henderson?


Image : Hommage à sa Gracieuse Majesté, Martin Bureau, 2008

taGueule est de retour, pour le meilleur et pour le pire

Pourquoi relancer taGueule après 5 ans d’absence?

Parce qu’on se pose toujours les mêmes questions et on n’a pas plus de réponses.

Parce qu’on a des choses à dénoncer, parce qu’on n’est pas à l’aise, parce qu’on est tannés de ne pas en parler.

Parce qu’on est pas seul à penser ça.

Parce qu’avoir des acquis et gagner des batailles, c’est pas une raison d’arrêter de se questionner.

Parce que personne n’a vraiment raison.

Parce qu’on a souvent l’impression que notre milieu est trop petit pour prendre la critique; ce n’est tout simplement pas vrai, ni sain.

Parce que ce n’est pas parce que c’est franco-ontarien que c’est bon. Comment veut-on que les artistes d’ici se surpassent si l’on ne dénonce pas la médiocrité?

Parce qu’on n’a jamais arrêté de vouloir de susciter le débat public.

Parce qu’on est dû pour une bonne prise de conscience.

Parce qu’on veut repolitiser la réalité franco-ontarienne.

Parce que l’Ontario français n’a pas de webzine socio-culturel. Parce que les médias traditionnels ne répondent pas complètement à nos besoins. Parce qu’au risque de sonner cliché, on veut prendre notre place.

Parce que le discours culturel est devenu trop institutionnalisé, au point de la rendre stérile, plate et quétaine.

Parce qu’on est en état de crise et personne ne sonne l’alarme.

Parce que si on n’évolue pas comme peuple, on est faits! Parce que si on ne rejette pas le statu quo qui hante présentement l’Ontario français, on devient spectateur de notre suicide collectif. Parce qu’on a faussement l’impression que tout est cool, que tout va bien.

Parce que, malgré ça, on a espoir.

Parce que nous nous retrouvons aujourd’hui devant un Internet complètement différent qu’en 2004. Parce qu’on baigne dans ces nouveaux médias chaque jour. On connait les plateformes, les habitudes, et les conventions du web, et on a l’intention d’en prendre avantage. Parce qu’on voit en cette technologie, la possibilité de changer le discours, de sortir du mode de survie et d’assumer notre vie culturelle.

Parce que c’est plus grand que nous.

taGueule.ca est notre centrale. La nouvelle formule nous permet d’avoir la collaboration d’une trentaine de blogueurs d’un peu partout en province (avec quelques un en Acadie et au Québec) qui provoquera la discussion sur une peste de sujets. De l’éducation à la politique en passant par des critiques d’albums, des nécrologies et des billets du futur, taGueule ne gardera pas sa langue dans sa poche. Aucun tabou ne sera évité et aucune vache sacrée ne sera épargnée. Nous sommes un crachoir collectif. Consultez notre manifeste.

Contrairement à la version 2007, les discussions n’auront pas lieu strictement sur un forum de discussions central (malgré que, si vous voulez, l’ancien forum est toujours en ligne). Les discussions auront lieu partout… sur taGueule, sur Facebook, sur Twitter, dans les cafés, dans les salons des profs, dans les bars, partout.

Donc, pour revenir à la question initiale. Pourquoi relancer taGueule?

Parce qu’on se le doit. Parce que, comme l’a si bien dit Stéphane Gauthier, on se doit d’avoir une discussion publique à la hauteur de la complexité de notre milieu.

taGueule est de retour, pour le meilleur et pour le pire.

Le village gaulois a son université

L’Université de Hearst avec ses campus à Kapuskasing et Timmins est la seule université franco-ontarienne dans la province. Tu le savais pas? Tu regrettes de t’être inscrit à la Laurentienne ou à Ottawa? Mettons que t’as ben raison.

Mais bon, fais-toi pas d’illusions. C’est vrai que l’Université de Hearst est purement, uniquement, terriblement francophone… franco-ontarienne, un peu… mais y’a encore de la job à faire. C’est juste que c’est pas vraiment, complètement une université. Y’ont un recteur, des profs, des campus à Hearst, Timmins et Kap, toute l’affaire, ben à eux… sauf que les diplômes dépendent de la Laurentienne. Là j’te vois rire, tu t’dis « c’est une joke ». Même pas.

S’ils veulent créer un nouveau cours, ou un nouveau programme, faut qu’y passent par les hosties de comités bilingues milingues de la Laurentienne. C’est des Anglos qui parlent pas un crisse de mot de français qui approuvent toutes les affaires pédagogiques de l’Université de Hearst. Pathétique, tu penses, et t’as pas tort. Ironique et historique surtout.

C’est d’autant plus débile qu’ils ont plus de profs de littérature qu’à la Laurentienne. Ça, ça devrait créer une petite gène aux linguistes du département d’études françaises de la Laurentienne; mais non même pas, rien. Alors l’indécrottable mais honorable Raymond Tremblay, recteur de l’Université de Hearst depuis toujours (tellement qu’on penserait qu’y ferait une crise cardiaque sur son bureau) vient de faire ses adieux… pas pour toujours, juste pour prendre une retraite bien méritée et faut bien qu’on lui tire notre chapeau, lui qui a gardé le flambeau de l’éducation post-secondaire en français dans le Nord pendant toutes ces années. Bravo man!

Mais bon, un petit message à son successeur, Pierre Ouellette. Ouellette, il est pas pire comme gars… sur plusieurs plans… Mais sérieusement Pierre, si tu dois avoir un objectif, un « result-based target blabla bullshit » comme on dit à la Laurentienne, c’est de faire de l’Université de Hearst une université INDÉPENDANTE! Une vraie, la seule, l’unique, celle qui créera un vrai mouvement, derrière laquelle on sera tous mobilisés, une université franco-ontarienne. Avec plus aucun lien avec la Laurentienne.

On l’aura alors notre vrai programme de littérature franco-ontarienne… rêvons deux minutes, y’a déjà Doric Germain, et puis on rapatriera Michel Ouellette pour le théâtre (y vient pas de Smooth Rock Falls?), et on donnera enfin une vraie chance à Gaston Tremblay de partager sa passion pour la poésie, et si y veut pas s’en revenir dans le Nord, on ira chercher nos jeunes poètes de la place, parce qu’il y en a! Pis, on le développera le crisse de programme en traduction. Ça c’était un hostie coup de génie du vieux Tremblay, parce qu’à la base, la traduction quand t’y penses bien, on s’y connaît, on fait ça tout le temps, c’est génétique, on est né comme ça, ça vient plus vite qu’une éjaculation précoce pour nous. Pis on fera de l’histoire franco-ontarienne, et tout plein d’autres affaires qu’on a besoin, ici dans le Nord, pour se développer, sans les Anglais.

Alors, Pierre, mets tes culottes, et déclare l’Université de Hearst indépendante! Bonne chance, on est avec toi! (ça c’est pas forcément une bonne nouvelle pour toi… mais, regarde man, ça dépend de toi!).

Vive l’UFO, vive l’UFO LIBRE!

Piano Mal : Julien Sagot

Suivant de fausses rumeurs que le célèbre groupe Karkwa (le premier groupe de langue française à remporter un prix Polaris) s’était dissous, un de ses percussionnistes et membres fondateurs, Julien Sagot a fait paraître son premier album solo intitulé Piano Mal le 1er février 2012 chez Simone Records. Je dois avouer que je ne savais pas trop à quoi m’attendre, n’étant familier qu’avec son travail au sein du groupe Karkwa.

Rapidement, Sagot nous transporte vers des paysages musicaux trop peu fréquentés. Des gros accords ouverts, disjoints et lents au piano s’opposent par moment à des petits coups de guitare rapides et secs. La sonorité de l’album crie Montréal, Paris, mais aussi un désert du Far West américain. Les mêmes genres de textes poétiques et réfléchis qu’on retrouve chez Karkwa sont aussi présents dans Piano Mal. C’est la précision des mots qui règne dans ce style d’écriture moelleux et précis.

Si certaines chansons sont lentes et éclatées, d’autres sont très rythmées et linéaires. Or, même l’oreille développée a du mal à déterminer comment l’artiste vient à bout de créer ces véritables voyages sonores, elle n’a pas l’impression de s’y perdre. Chaque son, chaque note, chaque effet sont recherchés, et aucun d’entre eux n’est utilisé de façon abusive. À tout ça, on ajoute la (superbe) voix rauque de Sagot et on obtient un produit incroyablement riche et velouté.

Bref, pour le mélomane, cet album aux textures parfois rudes, parfois lisses; aux sonorités parfois chaudes, parfois froides, est un incontournable du milieu musical actuel.

Pour les fans de

Karkwa, Serge Gainsbourg, Roger Whittaker, Ennio Morricone, Arthur H et Leif Vollebeck.

Moments forts

Piano Mal, Une vieille taupe, Le trucifier

Première correspondance : Attawapiskat et le respect

Dans cette chronique Lettres à mon fils, j’écris à Stephen Harper comme si j’étais sa mère et comme s’il avait 7 ans. Cette première correspondance a originalement été publié en décembre 2011.


Mon cher fils,

Je crois que nous devons prendre un petit moment pour discuter. J’observe ton travail ces derniers temps et j’ai l’impression que je n’ai peut-être pas réussi à te transmettre les valeurs auxquelles je tenais. Tu as fait de bien mauvais choix et le moment est venu pour moi de te rappeler quelques règles de savoir-vivre et de bienséance.

J’ai été très déçue, cette semaine, quand tu as choisi de ne pas venir en aide à tes cousins d’Attawapiskat.  Tu as de l’argent et tu as les moyens de les aider! Tes cousins du Grand Nord se contentent de bien peu pour vivre et toi, tu oses dire qu’ils profitent de ton argent!  C’est vrai que tu leur en as donné beaucoup, mais c’était insuffisant pour qu’ils puissent s’en sortir. N’oublie pas qu’ils n’ont pas la chance de vivre dans une aussi grande maison que la tienne. Dois-je d’ailleurs te rappeler que nous payons cher pour te permettre de vivre dans cette très grande maison.

Mon amour, je t’ai souvent expliqué que c’était important d’aider les autres, même ceux que tu ne respectes pas.  Maman croit que tu dois laisser tomber tes préjugés.  Souviens-toi ce que je t’ai souvent dit, nous sommes tous des êtres humains et nous nous devons un respect mutuel.

Pour t’aider à comprendre, je vais te donner un exemple.  Disons que Grand-Maman Élisabeth trouve que tu dépenses trop d’argent en jouets de guerre et qu’elle décide de contrôler elle-même ton argent. Comment réagirais-tu?  Est-ce que tu comprends mieux maintenant ce que tu fais à tes cousins du Grand Nord?

Mon chéri, tu aimes bien pouvoir faire ce que tu veux avec ce qu’on te donne. Je suis convaincue que tes cousins d’Attawapiskat aimeraient être aussi chanceux que toi.

Tu me déçois Stephen. N’oublie pas que tu dois respecter la main qui te nourrit.  Ton père et moi te donnons beaucoup et, en échange, on s’attend à ce que tu sois raisonnable et que tu partages.  Tes cousins du Grand Nord ont besoin d’aide maintenant.  Je t’en prie, mon ti-loup, rends-moi fière de toi!

Bonne semaine mon poussin.

xox

Maman