Lettre aux éditeurs: Pour un « Parlement franco-ontarien »

Cette lettre à l’éditeur sur la création d’un forum pour les franco-ontariens a été publiée dans plusieurs hebdomadaires des quatre coins de la province en janvier 2012Monsieur Dignard nous a contacté pour qu’on la publie sur chez nous. La voici.


Pour un « Parlement franco-ontarien »

Moi j’estime que le temps est venu de créer un véritable forum où les Franco-Ontariennes et les Franco-Ontariens se rencontreraient pour discuter de n’importe quelle question concernant le développement et l’épanouissement de l’Ontario français.  Je parle ici d’un forum où les individus (pas des représentants de groupes, d’associations ou d’institutions avec les mains liées) se pointeraient périodiquement à des endroits différents en province pour adopter des positions qui seraient dans l’intérêt supérieur de la communauté franco-ontarienne.  J’appellerais un tel forum Le Parlement franco-ontarien.

Je m’imagine une rencontre quelques fois l’an de personnes passionnées, voire désabusées, qui n’ont pas de forum et qui en cherchent un pour faire valoir des idées concernant le mieux-être des Nôtres.  En d’autres termes, il s’agirait d’une assemblée complètement libre de se prononcer sur n’importe quel volet de la situation franco-ontarienne n’importe où en province.  À mon avis, certaines résolutions prises dans ce forum pourraient faire avancer ou débloquer des dossiers importants mais stagnants en Ontario français.  Certaines propositions pourraient être récupérées par des décideurs publics (ce serait tant mieux) et d’autres résolutions pourraient même faire la leçon à certains de nos pseudos leaders politiques et communautaires.

Qui serait membre de la députation ?  Tous ceux et celles qui habitent en Ontario, qui parlent le français et qui veulent en faire partie.  Comment opérerait ce forum ?   Aucune subvention gouvernementale.  Les gens qui souhaitent assister aux rencontres paieraient toutes les dépenses de leur poche.  Si un philanthrope offrait un don sans aucunes conditions envers ce Parlement, on prendrait l’argent évidemment.  Comment s’organiserait une première rencontre ?  Quelques personnes intéressées retiendraient une date, identifieraient un lieu de rencontre, lanceraient une invitation publique et on verrait ce que cela donne comme participation.  Comment se déroulerait la première assemblée et qu’est-ce qui serait discuté ?  Les gens présents à cette rencontre le décideraient sur place.  Et s’il s’agissait d’un fiasco comme première réunion ?  Pas la fin du monde… il n’y aurait vraisemblablement pas une deuxième rencontre !

Y a-t’il des preneurs pour une première session ?

 

Serge Dignard
North Bay, Ontario


Photo: Extrait du documentaire J’ai besoin d’un nom, ONF, 1976

Il est grand le mystère de la voix

Avec un p’tit 4 heures de sommeil dans l’corps, les yeux petits comme des pois, notre ronde du chapelet médiatique de l’Ontario français a commencé à 7h20 hier matin à l’émission Le matin du Nord sur les ondes de CBON Radio-Canada dans le Nord de l’Ontario.

Claqué et pompette, on se présente en studio.  Voici ce que ça l’a donné.

Ensuite, Félix et moi on va déjeuner au Gus’s avant d’entrer chacun au boulot. Le téléphone sonne. Ah, c’est le Téléjournal Ontario maintenant. On se rencontre au bureau de Bureau au coeur de centre-ville de Sudbury pour accorder une entrevue de 40 minutes qui sera tranchée à 2 soundbites qui font 15 secondes chaque. C’est ça la game.

[button text=’ Voir le reportage au Téléjournal Ontario. Bloc 3/5 à 18:20 ‘ url=’ http://www.radio-canada.ca/audio-video/pop.shtml#urlMedia=http://www.radio-canada.ca/Medianet/2012/CJBCT/LeTelejournalOntario201202221759.asx ‘ color=’ #000000 ‘]

 

Pendant l’entrevue, Félix et moi sortons nos mobiles à chaque chance qu’on a pour suivre le fil des discussions, qui bat déjà à plein feu sur le site. It feels good.

François Boileau, commissaire aux services en français de l’Ontario, tweet sur nous :

C’est parti. Radio-Canada Internet publie un article :

Le nouveau site Internet franco-ontarien tagueule.ca est en ligne depuis mercredi matin. Il s’agit d’un espace de libre expression, où collaborent une trentaine de rédacteurs de partout au pays, mais surtout de l’Ontario. Ces collaborateurs proviennent de tous les milieux.

Selon l’un des fondateurs, Christian Pelletier, le webzine a pour objectif de susciter la discussion.

« Nous n’avons pas de plateforme où nous pouvons vraiment nous permettre de nous critiquer, puis de dire que cet album-là, ce n’est pas bon, par exemple. Ou pourquoi ne parlons-nous pas de fusion de conseils scolaires ? Je ne dis pas que c’est la direction à prendre, mais pourquoi sommes-nous complètement en train d’éviter le sujet ? Que nous soyons d’accord ou pas, qu’on en discute », déclare-t-il.

M. Pelletier est insatisfait du niveau de débat dans la communauté franco-ontarienne.

tagueule.ca renaît sous une nouvelle forme, puisqu’avant, la plateforme était un forum de discussion.

[button text=’ Consultez l’article au complet sur Radio-Canada.ca ‘ url=’ http://www.radio-canada.ca/regions/Ontario/2012/02/22/005-webzine-franco-ontarien.shtml ‘ color=’ #000000 ‘]

Ensuite, c’est Relief. J’enfile mon sports coat pour masquer les poches sous mes yeux.

[button text=’ Voir l’entrevue à Relief à 41:20 ‘ url=’ http://relief.tv/accueil/2 ‘ color=’ #000000 ‘]

 

Ma grosse face qui placote et saccade via Skype mais je m’en sors correct malgré la fatigue qui commence à avoir le mieux de moi.

Finalement, j’entre chez nous rencontrer quelques collaborateurs autour d’un verre de vin. Jour 1 tire à sa fin, mais on nous réserve une dernière surprise.

Le Voir de Gatineau/Ottawa a ramassé la nouvelle. Guillaume Moffet signe le billet S’ouvrir la gueule qui parle autant de la relance d’aujourd’hui que des vaches sacrées qui ont été sacrifiées à l’autel de taGueule entre 2004 et 2007. En voici un extrait:

Le site taGueule.ca, qui jadis, au milieu des années 2000, a été un portail d’idées 100% franco-ontarien, renaît ces jours-ci de ses cendres. Forum de discussions sociales et culturelles, il avait dans sa mire, de façon très divertissante il va sans dire, des intouchables du paysage franco-ontarien (on se souviendra du tumulte causé par un texte qui contestait la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne ou du jour où quelques plumes critiquait la musique [sacrée] de Swing). C’était la première fois depuis des lunes qu’un discours de la marge, qui véhiculait des idées antinomiques avec le courant dit «grand public», revêtait une si grande importance et, du coup, faisait des grosses vagues polémistes et révoltées en direction des nombreuses instances qui agissent de près ou de loin auprès des populations qui s’identifient au drapeau blanc et vert.

[button text=’ Consultez l’article au complet sur Voir.ca ‘ url=’ http://voir.ca/chroniques/sur-le-fil/2012/02/22/souvrir-la-gueule/ ‘ color=’ #000000 ‘]

Ça part bien le carême. Il est grand le mystère de la voix.

Une gifle aux Franco-Ontariens

Le 17 février, la Fiducie du patrimoine ontarien a inauguré le nouveau Centre d’interprétation du Parlement, à Toronto, et a lancé la programmation de la Semaine du patrimoine 2012. Pas un seul invité d’honneur, pas un seul dignitaire n’a prononcé un mot un français !

La maîtresse de cérémonie était Nil Köksal, présentatrice à CBC News Toronto. Elle n’a même pas dit Bonjour ou Bienvenue ! Le directeur général de la Fiducie, Richard Moorhouse, n’a pas daigné glisser une toute petite phrase en français dans ses deux allocutions. Le lieutenant-gouverneur David C. Onley, qui peut pourtant s’exprimer en français, s’est contenté d’un discours unilingue anglais.

Le président de la Fiducie, le professeur Thomas Symons, n’a pas tenté de dire quelques mots dans la langue de Molière. Il a cependant noté qu’une des lois adoptées par le Parlement du Haut-Canada, à York, reconnaissait l’usage du français dans les écoles, notamment dans le Western District (région de Windsor).

À la fin de la cérémonie, la Voice Intermediate School a interprété l’hymne national Ô Canada dans sa version anglaise et non bilingue. Une dernière gifle !

Plusieurs membres de la communauté franco-torontoise étaient présents, notamment des représentants de la Société d’histoire de Toronto, de FrancoQueer, de la Place Saint-Laurent et des médias. Ils ont évidemment déploré cet incident et certains ont promis de déposer une plainte auprès du Commissariat aux services en français.

Il faut souligner que la Fiducie du patrimoine ontarien a veillé à ce que 99% des éléments d’exposition dans son nouveau Centre d’interprétation soient dans les deux langues.

[button text=’ Cliquez ici pour porter plainte au Commissariat aux services en français de l’Ontario ‘ url=’ http://www.csf.gouv.on.ca/fr/content/formulaires ‘ color=’ #bf1e2e ‘]


Texte paru dans l’Express de Toronto, 22 février 2012.

Photo: Dennis Morgan et Bette Davis, In This Our Life, 1942

Freedom Frogs

Freedom Frogs

Ça fait presque dix ans depuis que j’ai rédigé Freedom Frogs. Il paraît ici dans sa version intégrale, avec néologismes maladroits qui côtoient des anglicismes que j’ignorais. Je ne l’ai jamais vraiment modifié. À l’époque, j’étais en plein milieu de ma formation universitaire dans le presque défunt programme en Arts d’expression de l’Université Laurentienne.

Comme mon école secondaire, le Collège Notre Dame, ne s’impliquait pas du tout aux activités de la FESFO, ma conception de l’identité franco-ontarienne fut plutôt formée par les assemblées générales annuelles dans les gymnases d’école où nous chantions le Notre Place de Paul Demers à l’aide de paroles projetées sur transparents. Et, jusqu’à ce qu’on me parle de la génération CANO dans le contexte de mes cours de théâtre à l’UL, c’est tout ce que je savais des franco-ontariens. On parlait en français, on habitait l’Ontario, et on avait un drapeau.

Et je trouvais ça tellement poche. Voici donc ce à quoi ressemblait la franco-ontarienneté du point de vue d’un jeune homme qui commençait tout juste à la connaître.

GRENOUILLE!

…amphibien
symbolicon du franco-ontarien

à la fois capable de survivre
dans l’eau
sur terre

« une pluie de grenouilles »

à la fois capable de survivre
en français
en anglais

mais il a besoin
des deux

***

Il est symbole de l’évolution
de personnalités multiples

capable de faire des sauts
Immenses

produit de la terre
et de la mer
de notre mère
la terre

***

Il n’accepte pas de se faire
encadrer

Il est nomade par nature
et chante
chante
chante
chante

comme une grenouille
sautillante et bandée
je chante l’Univers

***

Je n’accepte
pas la dualité
que mes parents
m’ont inculqués

Good and Evil
French and English

***

parler en
français
c’est comme
revisiter la
tyrannie de
l’Église oppressive

… parle en français
… dit tes prières

***

rouge vert
stop and go
frog in a blender

***

comme Kermit
It’s not easy being green
en amour avec
la grosse cochonne
superstar

en amour avec
la grosse cochonne
capitaliste

***

il l’hait tellement
leur union nous
semble innaturelle

***

Miss Piggy
you fucking capitalist piglet
I hate your fucking
posing
preening

tu me fais crier
!!!

je change le poste
quand je te vois
et je manque le drumbeat
solo
tribal
animal

d’Animal!
Animal!
Animal!

***

Its not easy being green…
HULK SMASH PUNY HUMANS

***

Freedom Frogs

patates frites
freedom fries
patates frites
freedom fries
patates frites

Freedom Fries
(this is your brain
on America)

***

patates
de la fiction
frites de la
friction
de la passivité
du Couch Potato

monsieur patate
peut changer son visage
monsieur patate
peut changer son lang(u)age

***

monsieur patate
et les
potato kids
se prostituent
sont devenus
des prostitués

le sac à patates
déchiré
troué
ne sert plus
aux courses
de mon enfance
staccato

***

Freedom Frogs Sold Here

on m’a
vendu
ma liberté
on m’a
libéré
du Potatohead
américain
anglo-saxon

on m’a tranché
la gueule
me coupant
la langue

je me souviens

***

je suis l’enfant
de Kermit le franco-frog
et de Miss Piggy
la cochonne
capitaliste
hollywoodienne

elle l’aimait
il était Vert
comme l’argent

***

(les Muppets
sont un produit
des années 80
l’argent était
verte
nous vendait
une nature
l’Interac
n’était qu’un
concept
spermatoco-informationnel)

***

trop de grenouilles
bondissent
comme des moutons
saute-mouton
par dessus le
précipice
d’un Principe

allez vous-en
je vous salut

***

parle en français
parle en français
parle en français

tu crains
et tu te plains
ta crainte
deviens une plainte
deviens terreur
deviens terrorisme

shut the fuck up
fuck off and

evolve

***************************************

j’avale les moustiques
qui survolent vos têtes de cochon

***

ok sure
pas de problème
si les french fries
deviennent freedom fries

no problem

nous les french frogs
devenons the freedom frogs

nous les amphibiens
qui respirent la vie
entre deux mondes

les grenouilles de la liberté

***

la grenouille est au freedom frog
ce que le tétard est
à la grenouille

***

petit tétard
qui ose
pousser des jambes
pour sauter
pour grimper

pour quitter
la soupe primordiale

***

il a le front
il a le courage
il ose d’être amphibien
de devenir un mutant
d’explorer deux univers
en même temps

***

are you a french frog
or a freedom frog

es-tu tétard
es-tu grenouille

***

j’avale les moustiques
qui survolent vos têtes de cochon

***

comme une peste sur l’Égypte
les grenouilles sont guerrières

green grenades go
pull the pin on freedom frogs

***

grenouille crucifiée
freedom frog assassiné

offrande au multivers
multilingue et polyglotte

offrande aux dieux
extra-terrestres et amphibiens
qui voyagent l’étang
de notre inconscient
collectif

sur des objets flottants
des nénuphars
non identifiés

je suis un freedom frog
anthropomorphique
à la recherche d’un rêve
d’un songe
d’une vision
qui m’échappe
comme un maringouin
comme un moustique
mystique

***

grenouille de la liberté
hibernenvoloppée
dans la belle bouette
de la marée
morte

au fond du marais
monosyllabique
de ma langue maternelle

***

le franco geek se cache-cache
des crapauds
qui font de moi la caricature
d’une grenouille
peureuse

se précipitant
comme une précipitation amphibienne
mes frog legs
se feront frire
saveur d’un souvenir
qui ne vient que de temps en temps
freedom frog style

***

on se libère des mains
de notre capteur
suivant la lueur d’un feu de camp
les braises nous embrassent
font siffler le sang
les rêves s’évaporent

***

un cauchemar crapaud
s’évaporêve

un crapaud qui creuse
le cauchemarais de l’hivernationalité
se requestionne l’hiver

la saison des songes

***

au lieu d’enfiler tuque mitaines
raquettes bas de laine
j’oublie mes mots
vice et versa versant
des larmes

faisant le deuil de la dichotomie
freedom franglaise

***

pourquoi parler parce que
ta langue est sclérosée
comme des plaques d’immatriculation
mes mots se répètent comme
des répliques

je me souviens
yours to discover
je me souviens
yours to discover

yours to remember
je me découvre
je ne découvre

rien que mots moumounes
rien que maux de tête
rien que le vide
d’un marais maternel
stagnant

***

hisse et hausse ton drapeau
une fois par année
la nuit sur l’étang
comme la messe de Noël

les enfants ont hâte de partir

***

j’avale les moustiques
qui survolent vos têtes de cochon

***

j’ai l’âme amphibienne
ici dans le nord
une nuit sell out sur l’étang
n’assouvit plus
la soif du premier marais

je chante pour les touristes
qui visitent le musée de
notre culture de
notre culte

sur l’étang de l’espace-temps
les moments nénuphars
sont nombreux

nous permettent
de visionner notre parcours
comme un jeu
de connect the dots

ils nous demandent de saluer
le drapeau franco-ontarien
comme on se prosternerait
devant un crucifix

***

j’avale les moustiques
qui survolent vos têtes
de cochon

***

le croassement de la création
fait résonner les barreaux
de notre prison invisible

culture de musée

invisible mais écrasante
invisiblement omniprésente

freedom frogs on display
tonight

do not feed the animals

ne donnez pas à manger
à boire de l’espoir
ne donne pas à croire
aux enfants bâtards

aux amphibiens potentiels

don’t put me in a cage
don’t keep me from the water
bye bye l’étang
l’océan m’attend

je ne serai ni traître
ni ton ambassadeur

bye bye l’étang
l’océan m’attend


Image : GO FU par Michael Dumontier et Neil Farber

La grenouille sans le bœuf

Cette réflexion sur la place publique du drapeau franco-ontarien est parue originalement dans le journal Le Voyageur en février 2009. Dans l’esprit de la relance de taGueule, la voici en intégrale.


La grenouille sans le bœuf

L’Ontario français est à l’ère des drapeaux. Il y en a des petits, il y a en a des gros. Il y en a des sobres devant les caisses populaires, Le Voyageur, les écoles françaises, le Centre de santé communautaire, sur les joues des enfants le 25 septembre et à la St-Jean, sur des épinglettes et même en étiquettes sur le dos des livres franco-ontariens en bibliothèque. Notre drapeau a même un livre qui lui est consacré et qui en fait l’étonnante histoire et le récit d’un symbole loin d’avoir fait l’unanimité à son origine. Comme le drapeau canadien!

De l’AFO à la FESFO en passant par le chapelet de sites franco.com en Ontario, Montfort et L’écho d’un peuple, aucune institution franco-ontarienne, tant s’en faut, n’omet d’arborer fièrement le drapeau franco-ontarien. En ce sens, comme tout drapeau, il remplit admirablement bien sa fonction : il fédère.

Même les francos d’Ottawa n’ont pas manqué de s’en servir pour ériger leurs monuments de la francophonie. Ce récent accès de fierté, manifesté par l’érection de drapeaux géants, était une réponse forte à un contexte particulier à Ottawa : cette ville ne veut pas s’avouer francophone. C’est une honte nationale et la population francophone de la grande région a réagit fortement à ce mauvais vent : nous sommes ici et d’ici, fiers, debout et in your face!

C’est pourquoi je pardonne la laideur des monuments et l’ostentation qui les accompagne. À un moment donné, il faut dire «whoa!». Avec un monument, on avait compris, avec six, je me suis dit «je ne suis pas sourd, pis j’en r’viens bien des stèles funéraires et des pierres tombales géantes, on n’est pas mort encore!».

À Sudbury, j’aurais souhaité qu’on aille un pas plus loin qu’Ottawa dans l’expression de notre fierté. Après tout, le maire John Rodriguez a hissé unilatéralement le drapeau à l’hôtel de ville et en a reconnu le statut officiel. Moi, ça me suffit et je passerais volontiers à un autre combat. Que d’autres éprouvent le besoin de redire «icitte, c’est chez nous» et d’inculquer cette fierté à la population et surtout à la jeunesse, je peux comprendre l’enjeu de la démonstration. Et sincèrement je les en félicite.

Or, j’entends dans le vent qu’on voudrait monter un autre drapeau, encore plus gros que tous les autres. Là, messieurs dames, on entre dans une autre logique qui n’a rien à voir avec la fierté et encore moins la dignité. On appelle ça de la pantométrie et on glisse vers un curieux penchant pour les records. Ma foi dit Lafontaine : «La grenouille qui voulait devenir plus grosse que le bœuf». Il y a des enflures qu’il vaut mieux ne pas contracter. L’enflure du drapeau, c’est comme de l’enflure verbale : plus personne n’écoute quand tu cries.

Malgré toute cette fierté affichée, des pièges nous guettent : le piège de rester en surface, le piège de banaliser à force de dire qu’on a non seulement un drapeau, mais qu’il est gros, et surtout le piège de n’avoir à offrir que peu de choses à voir. Quand vous allez à Québec allez-vous voir flotter le drapeau québécois ou le château Frontenac? À Ottawa, les Japonais s’arrêtent-ils sous l’araignée géante de Louise Bourgeois ou sous le drapeau franco-ontarien? À Toronto, vous vous faites photographier assis à côté du bronze de Glenn Gould ou sous le drapeau de l’Ontario… avec un chandail des Leafs devant le vieux Gardens? Passons…

Enfin, donner à voir n’est pas tout et attirer les touristes non plus. Il me semble que si l’Ontario français veut participer à quelque fanfare des nations que ce soit, il faudra s’élever au niveau de l’art. Et si cet art était public et franco-ontarien, ma foi, les drapeaux auraient une raison de plus de flotter sans même risquer de nous éclabousser de viscères de batraciens!

Le Collège Boréal a vu juste en annonçant récemment un vrai monument commandé à l’artiste Colette Jacques. Je souhaite de tout cœur que cette initiative culturelle ouvre un nouveau chapitre sur nos représentations collectives. Et pourquoi pas un bronze du folkloriste Germain Lemieux sur le bord d’une route qu’il a sillonnée avec son enregistreuse? On lui fera porter un chandail du Canadien… Devenu vieux, j’aurai de quoi conter.

Et si la Reine jouait au curling?

C’est le soixantième anniversaire du règne de la Reine Élizabeth. Who gives a shit?!

On dira ce que l’on voudra sur la Confédération, les rébellions de 1837, le statut de Westminster et le rapatriement de la Constitution, le Canada est toujours assujetti à la souveraineté de la monarchie britannique. C’est sa belle face, toujours vieillissante, qui apparait sur nos sous et notre argent.

Une examination un peu plus profonde du statut de la monarchie au Canada révèle que notre Reine n’est pas la Reine d’Angleterre, mais plutôt que la Reine Élizabeth est simultanément la Reine d’Angleterre, la Reine du Canada, la Reine de l’Australie et la Reine de la Nouvelle-Zélande, etc.

Je réclame une royauté canadienne, proprement dite. Au lieu de partager la face sur notre argent avec d’autres pays, pourquoi est-ce qu’on n’adopte pas un Prince qui viendrait marier une petite gaspésienne et qui deviendrait notre Roi, pour élever ses enfants au Canada. Ou encore mieux, s’il mariait une canadienne-française de la Saskatchewan et que ses enfants étaient ayant droits, pour qu’ils puissent recevoir une éducation francophone hors Québec. Ils deviendraient dans ce cas autant, si pas plus, canadiens que nous.

Ça pourrait nous donner, dans une génération, une royauté proprement canadienne, bilingue et biculturelle. Comme dans le cas de la royauté belge (le Roi des Belges, et non le Roi de la Belgique), on aurait un monarque du peuple et non du pays. Un roi ou une reine de la troisième solitude, celle des Canadiens bilingues.

Le sentiment républicain au Canada n’a jamais été une force majeure en politique. La fascination du Canada (et du monde entier) avec le mariage du Prince William confirme qu’on aime ça en titi la royauté, même si on est conscients quelque part que c’est complètement dépassé et inutile. Les seuls à se plaindre seraient les journalistes, qui verraient disparaître leurs chances de devenir gouverneur général.

Si on tient tant à conserver ce symbole archaïque et dépassé d’une quelconque autorité, pourquoi ne pas avoir un symbole qui nous représente? On est pognés avec cette monarchie de toute façon, pourquoi pas les faire travailler pour nous un peu? Au lieu de donner à nos Princes une vocation militaire, comme c’est le cas avec les petits Windsor en Grande-Bretagne, on pourrait les inscrire dans un programme de hockey local, et faire d’eux des joueurs de hockey de calibre professionnel. On s’en crisse pas mal du polo et du cricket, right?

Imagine ça, le Roi du Canada, premier choix au repêchage. Et pourquoi s’arrêter là? Il pourrait devenir propriétaire d’un club, un genre de player-coach-GM à la Reggie Dunlop. On pourrait déménager les Kings de LA à Saskatoon, à Moncton, à Sudbury… Pas besoin de s’inquiéter des finances, le Roi en aurait plein! Sa femme aussi pourrait faire un effort, soit jouer au curling, faire du bobsled, ou encore même du patinage artistique. À quand un Roi qui participe à des concours de bucherons? Un Prince qui fait du rodéo au Calgary Stampede? Une Princesse animatrice à MuchMusic?

Tant qu’à y être, on pourrait réviser les faces sur notre argent. Pourquoi pas Robert Nelson sur le 20$? Pourquoi pas Louis Riel sur le 25 sous? Étienne Brulé sur la cenne noire? Lord Durham sur le billet de mille? Rush? Gerry Boulet? Paul Henderson?


Image : Hommage à sa Gracieuse Majesté, Martin Bureau, 2008

taGueule est de retour, pour le meilleur et pour le pire

Pourquoi relancer taGueule après 5 ans d’absence?

Parce qu’on se pose toujours les mêmes questions et on n’a pas plus de réponses.

Parce qu’on a des choses à dénoncer, parce qu’on n’est pas à l’aise, parce qu’on est tannés de ne pas en parler.

Parce qu’on est pas seul à penser ça.

Parce qu’avoir des acquis et gagner des batailles, c’est pas une raison d’arrêter de se questionner.

Parce que personne n’a vraiment raison.

Parce qu’on a souvent l’impression que notre milieu est trop petit pour prendre la critique; ce n’est tout simplement pas vrai, ni sain.

Parce que ce n’est pas parce que c’est franco-ontarien que c’est bon. Comment veut-on que les artistes d’ici se surpassent si l’on ne dénonce pas la médiocrité?

Parce qu’on n’a jamais arrêté de vouloir de susciter le débat public.

Parce qu’on est dû pour une bonne prise de conscience.

Parce qu’on veut repolitiser la réalité franco-ontarienne.

Parce que l’Ontario français n’a pas de webzine socio-culturel. Parce que les médias traditionnels ne répondent pas complètement à nos besoins. Parce qu’au risque de sonner cliché, on veut prendre notre place.

Parce que le discours culturel est devenu trop institutionnalisé, au point de la rendre stérile, plate et quétaine.

Parce qu’on est en état de crise et personne ne sonne l’alarme.

Parce que si on n’évolue pas comme peuple, on est faits! Parce que si on ne rejette pas le statu quo qui hante présentement l’Ontario français, on devient spectateur de notre suicide collectif. Parce qu’on a faussement l’impression que tout est cool, que tout va bien.

Parce que, malgré ça, on a espoir.

Parce que nous nous retrouvons aujourd’hui devant un Internet complètement différent qu’en 2004. Parce qu’on baigne dans ces nouveaux médias chaque jour. On connait les plateformes, les habitudes, et les conventions du web, et on a l’intention d’en prendre avantage. Parce qu’on voit en cette technologie, la possibilité de changer le discours, de sortir du mode de survie et d’assumer notre vie culturelle.

Parce que c’est plus grand que nous.

taGueule.ca est notre centrale. La nouvelle formule nous permet d’avoir la collaboration d’une trentaine de blogueurs d’un peu partout en province (avec quelques un en Acadie et au Québec) qui provoquera la discussion sur une peste de sujets. De l’éducation à la politique en passant par des critiques d’albums, des nécrologies et des billets du futur, taGueule ne gardera pas sa langue dans sa poche. Aucun tabou ne sera évité et aucune vache sacrée ne sera épargnée. Nous sommes un crachoir collectif. Consultez notre manifeste.

Contrairement à la version 2007, les discussions n’auront pas lieu strictement sur un forum de discussions central (malgré que, si vous voulez, l’ancien forum est toujours en ligne). Les discussions auront lieu partout… sur taGueule, sur Facebook, sur Twitter, dans les cafés, dans les salons des profs, dans les bars, partout.

Donc, pour revenir à la question initiale. Pourquoi relancer taGueule?

Parce qu’on se le doit. Parce que, comme l’a si bien dit Stéphane Gauthier, on se doit d’avoir une discussion publique à la hauteur de la complexité de notre milieu.

taGueule est de retour, pour le meilleur et pour le pire.

Le village gaulois a son université

L’Université de Hearst avec ses campus à Kapuskasing et Timmins est la seule université franco-ontarienne dans la province. Tu le savais pas? Tu regrettes de t’être inscrit à la Laurentienne ou à Ottawa? Mettons que t’as ben raison.

Mais bon, fais-toi pas d’illusions. C’est vrai que l’Université de Hearst est purement, uniquement, terriblement francophone… franco-ontarienne, un peu… mais y’a encore de la job à faire. C’est juste que c’est pas vraiment, complètement une université. Y’ont un recteur, des profs, des campus à Hearst, Timmins et Kap, toute l’affaire, ben à eux… sauf que les diplômes dépendent de la Laurentienne. Là j’te vois rire, tu t’dis « c’est une joke ». Même pas.

S’ils veulent créer un nouveau cours, ou un nouveau programme, faut qu’y passent par les hosties de comités bilingues milingues de la Laurentienne. C’est des Anglos qui parlent pas un crisse de mot de français qui approuvent toutes les affaires pédagogiques de l’Université de Hearst. Pathétique, tu penses, et t’as pas tort. Ironique et historique surtout.

C’est d’autant plus débile qu’ils ont plus de profs de littérature qu’à la Laurentienne. Ça, ça devrait créer une petite gène aux linguistes du département d’études françaises de la Laurentienne; mais non même pas, rien. Alors l’indécrottable mais honorable Raymond Tremblay, recteur de l’Université de Hearst depuis toujours (tellement qu’on penserait qu’y ferait une crise cardiaque sur son bureau) vient de faire ses adieux… pas pour toujours, juste pour prendre une retraite bien méritée et faut bien qu’on lui tire notre chapeau, lui qui a gardé le flambeau de l’éducation post-secondaire en français dans le Nord pendant toutes ces années. Bravo man!

Mais bon, un petit message à son successeur, Pierre Ouellette. Ouellette, il est pas pire comme gars… sur plusieurs plans… Mais sérieusement Pierre, si tu dois avoir un objectif, un « result-based target blabla bullshit » comme on dit à la Laurentienne, c’est de faire de l’Université de Hearst une université INDÉPENDANTE! Une vraie, la seule, l’unique, celle qui créera un vrai mouvement, derrière laquelle on sera tous mobilisés, une université franco-ontarienne. Avec plus aucun lien avec la Laurentienne.

On l’aura alors notre vrai programme de littérature franco-ontarienne… rêvons deux minutes, y’a déjà Doric Germain, et puis on rapatriera Michel Ouellette pour le théâtre (y vient pas de Smooth Rock Falls?), et on donnera enfin une vraie chance à Gaston Tremblay de partager sa passion pour la poésie, et si y veut pas s’en revenir dans le Nord, on ira chercher nos jeunes poètes de la place, parce qu’il y en a! Pis, on le développera le crisse de programme en traduction. Ça c’était un hostie coup de génie du vieux Tremblay, parce qu’à la base, la traduction quand t’y penses bien, on s’y connaît, on fait ça tout le temps, c’est génétique, on est né comme ça, ça vient plus vite qu’une éjaculation précoce pour nous. Pis on fera de l’histoire franco-ontarienne, et tout plein d’autres affaires qu’on a besoin, ici dans le Nord, pour se développer, sans les Anglais.

Alors, Pierre, mets tes culottes, et déclare l’Université de Hearst indépendante! Bonne chance, on est avec toi! (ça c’est pas forcément une bonne nouvelle pour toi… mais, regarde man, ça dépend de toi!).

Vive l’UFO, vive l’UFO LIBRE!

Piano Mal : Julien Sagot

Suivant de fausses rumeurs que le célèbre groupe Karkwa (le premier groupe de langue française à remporter un prix Polaris) s’était dissous, un de ses percussionnistes et membres fondateurs, Julien Sagot a fait paraître son premier album solo intitulé Piano Mal le 1er février 2012 chez Simone Records. Je dois avouer que je ne savais pas trop à quoi m’attendre, n’étant familier qu’avec son travail au sein du groupe Karkwa.

Rapidement, Sagot nous transporte vers des paysages musicaux trop peu fréquentés. Des gros accords ouverts, disjoints et lents au piano s’opposent par moment à des petits coups de guitare rapides et secs. La sonorité de l’album crie Montréal, Paris, mais aussi un désert du Far West américain. Les mêmes genres de textes poétiques et réfléchis qu’on retrouve chez Karkwa sont aussi présents dans Piano Mal. C’est la précision des mots qui règne dans ce style d’écriture moelleux et précis.

Si certaines chansons sont lentes et éclatées, d’autres sont très rythmées et linéaires. Or, même l’oreille développée a du mal à déterminer comment l’artiste vient à bout de créer ces véritables voyages sonores, elle n’a pas l’impression de s’y perdre. Chaque son, chaque note, chaque effet sont recherchés, et aucun d’entre eux n’est utilisé de façon abusive. À tout ça, on ajoute la (superbe) voix rauque de Sagot et on obtient un produit incroyablement riche et velouté.

Bref, pour le mélomane, cet album aux textures parfois rudes, parfois lisses; aux sonorités parfois chaudes, parfois froides, est un incontournable du milieu musical actuel.

Pour les fans de

Karkwa, Serge Gainsbourg, Roger Whittaker, Ennio Morricone, Arthur H et Leif Vollebeck.

Moments forts

Piano Mal, Une vieille taupe, Le trucifier

Première correspondance : Attawapiskat et le respect

Dans cette chronique Lettres à mon fils, j’écris à Stephen Harper comme si j’étais sa mère et comme s’il avait 7 ans. Cette première correspondance a originalement été publié en décembre 2011.


Mon cher fils,

Je crois que nous devons prendre un petit moment pour discuter. J’observe ton travail ces derniers temps et j’ai l’impression que je n’ai peut-être pas réussi à te transmettre les valeurs auxquelles je tenais. Tu as fait de bien mauvais choix et le moment est venu pour moi de te rappeler quelques règles de savoir-vivre et de bienséance.

J’ai été très déçue, cette semaine, quand tu as choisi de ne pas venir en aide à tes cousins d’Attawapiskat.  Tu as de l’argent et tu as les moyens de les aider! Tes cousins du Grand Nord se contentent de bien peu pour vivre et toi, tu oses dire qu’ils profitent de ton argent!  C’est vrai que tu leur en as donné beaucoup, mais c’était insuffisant pour qu’ils puissent s’en sortir. N’oublie pas qu’ils n’ont pas la chance de vivre dans une aussi grande maison que la tienne. Dois-je d’ailleurs te rappeler que nous payons cher pour te permettre de vivre dans cette très grande maison.

Mon amour, je t’ai souvent expliqué que c’était important d’aider les autres, même ceux que tu ne respectes pas.  Maman croit que tu dois laisser tomber tes préjugés.  Souviens-toi ce que je t’ai souvent dit, nous sommes tous des êtres humains et nous nous devons un respect mutuel.

Pour t’aider à comprendre, je vais te donner un exemple.  Disons que Grand-Maman Élisabeth trouve que tu dépenses trop d’argent en jouets de guerre et qu’elle décide de contrôler elle-même ton argent. Comment réagirais-tu?  Est-ce que tu comprends mieux maintenant ce que tu fais à tes cousins du Grand Nord?

Mon chéri, tu aimes bien pouvoir faire ce que tu veux avec ce qu’on te donne. Je suis convaincue que tes cousins d’Attawapiskat aimeraient être aussi chanceux que toi.

Tu me déçois Stephen. N’oublie pas que tu dois respecter la main qui te nourrit.  Ton père et moi te donnons beaucoup et, en échange, on s’attend à ce que tu sois raisonnable et que tu partages.  Tes cousins du Grand Nord ont besoin d’aide maintenant.  Je t’en prie, mon ti-loup, rends-moi fière de toi!

Bonne semaine mon poussin.

xox

Maman