La Saint-Jean, vous souvenez-vous?

Le 24 juin se déroulera la 179e édition des festivités de la Saint-Jean à Montréal ou, devrait-on maintenant dire, de la Fête nationale du Québec à Montréal.

Il faut se rappeler que la Saint-Jean est la fête nationale seulement depuis que le gouvernement souverainiste du Parti québécois l’a déclarée ainsi en 1977. Il faut se rappeler, aussi, que c’est en 1834 que la fête de la Saint-Jean a pris son envol. À l’époque, les Canadiens français voulaient se doter d’une fête afin de faire comme leurs confrères irlandais, qui venaient d’inaugurer le défilé de la Saint-Patrick. Les Canadiens français de partout au Canada ont célébré cette fête pendant 143 années avant que le Québec ne la prenne en otage et oublie ses réelles racines.

Fait cocasse, c’est le 24 juin 1834 qu’est chanté pour la première fois l’Ô Canada! mon pays, mes amours, lors de la fondation officielle de la Société Saint-Jean-Baptiste, évènement qui rassemblait francophones et anglophones.

En 2013, le grand party, animé par Guy A Lepage, aura pour thème «Le Québec en nous, d’hier à demain» …  «D’hier»…parlons-nous ici de 1834 ou 1977? Les Québécois ont-ils vraiment oublié leurs véritables racines?

Grâce à l’ONF, retournons en 1959 afin de témoigner d’un «hier» non enseigné dans l’histoire récente de cette fête presque bicentenaire.

oehttp://www.onf.ca/film/jour_de_juin

Bonne Saint-Jean à tous les Canadiens français et bonne Fête nationale aux Québécois!

Faut qu’ça bouge encore… ‘stie!

Depuis l’annonce de la programmation partielle de la 40ème Nuit sur l’étang, je sens comme un malaise. Le premier malaise vient des petits ragots, des critiques feutrées. Le deuxième malaise vient du manque d’enthousiasme, ou pour être plus juste, du je-m’en-foutisme caractérisé de la communauté par rapport à cet anniversaire. Je sais que certains ont leurs doutes, leurs ras-le-bol de cette «grande messe» où on serait sommé de dire «Amen» au drapeau vert et blanc, fleurdelisé et fleurtrillé, leurs envies de meurtre, leurs rancœurs et autres mesquineries. Ce qui me choque c’est que personne ne semble voir que cet anniversaire – et son succès – dépasse, de très loin, nos petits égos.

En disant cela, je ne tombe pas dans le discours narratif mythifié ou nostalgique d’une grande époque perdue. Bien au contraire, je crois que nous avons devant nous, en face de nous, en nous, la première génération de jeunes Franco-Ontariens aussi brillants que la gang de CANO.  Est-ce que les Patricia Cano, David Poulin, Cindy Doire, Tricia Foster de ce temps ont quoi que ce soit à envier à un Robert Paquette? Un Christian Pelletier qui se démène comme un fou dans la communauté, l’homme invisible visible qui brasse les cages, les idées, et surtout réalise de beaux projets (We Live Up Here) n’a rien à envier à un Gaston Tremblay. Nos jeunes poètes, Daniel Aubin, Sonia Lamontagne, Daniel Groleau-Landry, Guylaine Tousignant, n’ont rien à envier à ceux qui sont devenus – bien plus tard – des monstres sacrés, les Dalpé, Dickson et Desbiens. Ce que font Mélissa Rockburn et Miriam Cusson avec les Productions Roches Brulées, et la prestation extraordinaire de France Huot sur les planches vaut largement les débuts sur scène d’un André Paiement. Pourquoi nier l’évidence? D’où vient cette espèce de déni, voire de dénigrement, on se croirait en présence de clones de Kafka.

Est-il nécessaire de rappeler que si la gang de CANO a autant marqué son époque, c’est parce que tout était à faire, tout était à construire, alors qu’aujourd’hui il s’agit de pérenniser nos institutions, défi bien plus difficile à relever? Faut-il rappeler que le contexte culturel était fort plus accueillant à la création, en plein milieu du mouvement de la contre-culture américaine, alors qu’aujourd’hui nous devons faire face à un mouvement d’anti-culture? Est-il nécessaire de souligner que la gang de CANO n’aurait pu exister sans quelques jésuites allumés alors qu’aujourd’hui les universités sont devenues des boites à fric où les pseudo-compétences professionnelles priment, et de loin, sur les savoirs et la culture? Faut-il rappeler que bien sûr à l’époque le monde participait en masse parce qu’il n’y avait rien d’autre à faire que d’aller au seul parté en ville, alors qu’aujourd’hui le monde est vautré dans son fauteuil devant un écran?

Est-ce que personne ne se rend compte que certains Anglos, que les ministères, que les traitres, coincés le pied dans le cadre de la porte, n’attendent qu’une chose : qu’on se plante, et si possible de façon monumentale? Nous n’avons jamais été à un moment aussi important de notre histoire. Si nous ne pouvons réussir au moment même où nos artistes brillent, alors la messe est dite. Et dans 40 ans, il n’y aura pas de 80ème anniversaire. Moi j’ai fait le choix de rester à Sudbury; j’ai fait le choix de me définir Franco-Ontarienne, pas seulement par souvenir pour Robert, pas seulement parce que je tripe à lire Jean Marc; parce que je crois en vous et que vous êtes une belle gang; parce que je veux que mes filles dans 40 ans, elles soient sur scène à déclamer du Daniel Aubin, à performer un «freedom frogs have survived» ou à chanter du Patricia Cano.

À la recherche des étoiles du français

Mise en contexte. On est en 1988. Époque où il y a très peu de français à la télévision à Sudbury. TFO ne parle pas de Sudbury encore (ou très peu).

Que sont devenues les étoiles du français?

Je demande un rematch entre les anciennes étoiles du français et les jeunes dans nos écoles d’aujourd’hui.

Top 17 des meilleurs albums franco-ontariens

L’équipe de taGueule me propose de préparer un ambitieux palmarès; le Top 10 des meilleurs albums de l’histoire en Ontario français. Selon mes goûts personnels, évidemment.

En même temps, je lis sur taGueule que l’on commémore ces jours-ci les cent ans de l’infâme règlement 17.

Cela me donne l’idée de concocter plutôt  un Top 17 des meilleurs albums franco-ontariens.  Juste pour adapter un peu la formule à notre histoire.

Mais d’abord, je dois exclure certains disques que j’adore;

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[li]Il n’y a pas assez de chansons en français sur le superbe disque de Patricia Cano. Exclu. Snif![/li]
[li]Alexandre Désilets a passé quelques années à Kingston mais pas assez pour que je le considère Franco-Ontarien (même si j’aimerais bien pouvoir le faire). Exclu.[/li]
[li]Le charmant mini-disque d’Amélie est trop court pour être dans ce palmarès. Exclu. (J’ai bien hâte d’entendre ce qu’elle fera avec les Singes Bleus).[/li]
[li]Le disque de David Poulin n’est pas encore lancé. Je sens que ça va être fort. On attend.[/li]
[li]Francois Lemieux, Mastik, Les Chiclettes, Yvan Vollé, Paul Demers, Louis-Philippe Robillard, Mehdi Cayenne et plusieurs autres ont fait des chansons qui m’ont marqué. Mais leurs albums sont soit trop courts – soit trop inégaux pour que je les insère dans mon palmarès personnel. Dans le cadre d’une autre occasion, j’aimerais bien faire un palmarès de mes chansons franco-ontariennes préférées.[/li]
[/arrow-list]


Mon palmarès

17. Philippe Flahaut – Seul avec les autres

Un album que personne n’a remarqué. Pourtant, ce Torontois d’origine française est un brillant parolier, mélodiste et guitariste. Sa chanson du Baiser indélébile (sur l’amour maternel) est un bijou qu’aurait pu écrire Alain Souchon.


16. Deux Saisons – Plus ça change, moins c’est pareil

Un courageux changement de son pour le groupe à l’époque. Plus inégal que Le bal des bois mais avec plusieurs chansons solides.


15. Tricia Foster – 412

Plus le temps passe, plus j’aime ce disque, surtout les chansons plus politiques et altermondialistes.


14. Cindy Doire  – Chapeau de pluie

Si seulement Cindy peut, un jour, enregistrer un album francophone aussi efficace que ses disques anglais! Si le disque Sticks and mud était en français, il serait dans mon Top 5.


13. Robert Paquette – Dépêche-toi soleil

Sans Robert, y aurait-il eu tout le reste? Et son premier album demeure mon préféré, pour sa spontanéité et sa candeur.


12. Konflit Dramatik – Univers dissimulé

Le meilleur disque de rock de notre histoire. Excessif et immature mais puissant et provocateur.


11. Stef Paquette – Le Salut de l’arrière-pays

Comme tout le monde, j’aime la chanson de l’Homme exponentiel. Mais le Salut de l’arrière-pays est un disque magnifique d’un bout à l’autre, magnifiques mélodies, magnifiques arrangements et Stéphane qui chante avec cœur et sobriété sur des textes solides de Normand Renaud et Guylaine Tousignant. Un hommage aux petites villes du nord.


10. Tricia Foster – Commerciale

Surtout pour deux grandes chansons: Force ou faiblesse et Au nom de l’amour. En passant, son nouvel album Négligée n’est pas encore dans mon palmarès. Mais peut-être que dans six mois il y sera. Il me faut d’abord l’apprivoiser. Ca s’en vient!


9.  Deux Saisons  – Au bal des bois

Un grand groupe de party! Ginette Spraynet, Ottawa, Le verre de scotch, le Bal des bois… eh qu’on a eu du fun à chanter ca!!!


8. Andrea Lindsay – Les sentinelles dorment

Il faut le faire: une anglophone de Guelph qui écrit de si belles chansons en français. Et le charme dans la voix de cette fille là!!! Comment résister à Comment te le dire… Le temps de l’amour… Gin bombay… Le charleston?


7. En bref – Éponyme

Ils ont marqué une époque pendant leur trop courte carrière (qui a repris récemment). J’ai un faible pour Depuis toi. Et Ici dans le nord est la meilleure de nos chansons identitaire.


6. Marcel Aymar – Aymar

Il n’a fait qu’un disque solo en carrière. Mais quelle réussite, quelle voix… et les ambiances, les atmosphères… tout bricolé à la main! Jouissif.


5. Cano – Au nord de notre vie

Moins de grandes chansons que Tous dans le même bateau mais plus trippant, musicalement. Puis, il y a le doublé Au nord de notre vie et Spirit of the north….majestueux!


4. Damien Robitaille – L’homme autonome

Pratiquement aussi bon que le prochain album.


3. Damien Robitaille – L’homme qui me ressemble

Le compositeur de chanson le plus doué de l’histoire de l’Ontario français. Il y a les hits (Je tombe, Électrique, Porc Épic) et les grandes chansons (Dans l’horizon, Astronaute, Amnésie).


2. Konflit Dramatik – Éponyme (Tête de poisson)

Un album sous-estimé ici comme ailleurs. Un disque coup de poing. La chanson Tête de poisson me bouleverse à chaque écoute. La chanson de la «douche froide» est une réponse moderne à Dimanche après-midi de Cano. Et la reprise de God is an american est parfaite.


1. Cano – Tous dans le même bateau

Un grand groupe, un grand album, des chansons géantes… En plein hiver, Viens nous voir, Dimanche après-midi… etc.


PS: Par souci d’honnêteté intellectuelle et pour éviter toute apparence de conflit d’intérêt, j’aimerais préciser que j’ai officiellement – quoi que modestement – contribué aux textes de deux des disques de mon Top 17. Il s’agit des albums Chapeau de pluie de Cindy Doire et Univers dissimulé de Konflit Dramatik.

PS2: J’espère évidemment que la publication de Mon Top 17 fera gonfler les ventes des albums, re-stimulera la diffusion radiophonique des pièces auxquelles j’ai contribué et gonflera la somme des droits d’auteurs que me verse la SOCAN. Nous sommes dans une société capitaliste après tout. Au diable l’intégrité, vive la convergence !

PS3: Au fond, je peux bien vous le dire, c’est aussi moi qui a composé l’intégral des pièces de CANO. Mais ne le répétez pas, ça vexerait les musiciens du groupe. C’est une vieille entente entre eux et moi qu’on tient à garder secrète. Admirez ma modestie…

Panégyriques sur une casserole

Ce poème fut écrit à la suite des soirées de casseroles qui ont eu lieu à Sudbury. Que les manifs aient pris cette forme, et que cette expression particulière de solidarité soit celle qui a pris de l’ampleur partout au pays mérite, je crois, notre attention.


i.
là où j’l’ai échappée au sol
y a quelques soirées
soupers
semaines
petite concavité
aux frappes de la cuillère
résonne
«bonjour»
«réveille»
raisonne

taches noires
témoignent de la soirée
où on a brûlé
le spaghetti
le riz
les justes desserts
la sensibilité

(c’était quand même
par accident)

où sont-ils
les mille
milliards d’repas
que l’on expose
dans les boulevards…?

notre vaisselle
drum core arythmique
lavée dans la poussière
l’essence
l’essentialisme
le courant
dans la rue

je crie l’alarme
sur l’eraflure
qu’il a fallue
pour enlever
une croûte brûlée
de mélasse noire

et quelle sonate

poêle et cuillère
réchauffant bien
ce qu’on n’avalera
jamais

j’ai faim
mais beaucoup moins envie
de m’mordre la langue

j’ai l’goût du métal
inoxydable
le son du sang
le goût d’érable

 

ii.
nos vieilles photos:
faudra ‘xpliquer
à nos enfants
qu’on a eu tort

que leur cacaphonie
dans la cuisine
à trois, quatre ans

—on n’avait pas compris
encore
que c’est comme ça
la politique

faut fouiller dans l’cabinet
sous l’évier
pour trouver sa voix

C’est toujours à recommencer

«Je me sens sans pays. Comme francophone hors Québec, j’ai pu de place.»

Le même utilisateur du mystérieux compte YouTube qui avait mis en ligne le documentaire J’ai besoin d’un nom qui nous avait complètement jetés à terre en février vient d’afficher un nouveau vidéo. C’est toujours à recommencer, est un court documentaire produit en 1980 par André Gladu et Michel Brault pour Radio-Canada dans le creux de l’hiver nord-ontarien. C’est froid, c’est sec et c’est pas facile à regarder.

Bien qu’assez misérabiliste comme portrait du fait français à Hearst et à Kapuskasing dans les années 1980, le film présente tout de même quelques points intéressants: la naissance de l’identité «bilingue» chez la plus jeune génération et le sentiment d’être un «peuple sans pays» après la Révolution tranquille au Québec.

Des airs de country à des reels de violon, la musique balise le documentaire. À 3:05, un bûcheron chante son quotidien dans le Nord de l’Ontario dans la pièce titre du documentaire C’est toujours à recommencer.

«J’avais 15 ans avant de m’apercevoir que les Français étaient minoritaires en Ontario. Moi, je pensais que partout en Ontario c’était français comme à Moonbeam.»

‎L’extension naturelle du Québec

Vers la fin des années 1910, le gouvernement ontarien fait une campagne en Europe pour recruter des Néo-Canadiens dans le but de peupler le Nord. Les gens sont venus s’établir dans le Nord de l’Ontario, encore très peu défriché. En même temps, comme il y avait beaucoup de chômage et un manque de terres au Québec, les prêtres colonisateurs du Nord recrutaient en disant que le Nord de l’Ontario «c’était l’extension naturelle du Québec. C’était facile pour les gens d’y croire parce que quand ils s’en venaient s’établir ici c’était français partout, alors ils se sentaient chez eux, ils se sentaient au Québec, en Ontario.» (5:20)

On parle de la manière dont les ouvriers francophones étaient obligés d’apprendre l’anglais pour travailler dans les régions de l’Ontario où ils étaient majoritaires (10:38), des luttes scolaires, de la problématique des conseils scolaires dans les années 1980 (12:30) et de l’émergence d’une nouvelle culture en Ontario français; la culture «bilingue» (16:08). À la fin, le documentaire touche à un point très sensible: le sentiment qu’ont certains francophones hors Québec d’être sans pays suite à la Révolution tranquille au Québec (22:00).

«Je me sens un peu comme la Sagouine. Elle à le savait par exemple ce qu’elle était. Moi, je l’sais pas. J’pense qu’il faut que je le dise que j’suis Franco-Ontarienne parce que moi j’ai vécu toute ma vie dans l’Nord de l’Ontario. Ça m’appartient. C’est mon pays. Je ne sens pas aucune identification avec le Sud de l’Ontario, ça c’est un monde à part. Mais le Nord de l’Ontario, géographiquement, pis le monde qui vivent ici, j’aime, pis c’est moi. Mais je me sens pas du tout comme Canadienne française. Ça fait pas mal longtemps de ça.

Quand j’étais jeune, j’avais le rêve d’un Canada bilingue, d’une mer à l’autre. Monsieur Trudeau, c’était l’exemple parfait de ce que ça pouvait être, le Canada. Mais depuis ce temps là, je me sens sans pays parce que je me sens pas vraiment Québécoise. J’pense que le Québec a fait un cheminement que nous autres on n’a pas pu faire, on peut pas faire, parce qu’on n’a pas les mêmes ressources, on n’a pas de frontières. J’ai l’impression que si j’allais vivre au Québec j’aurais de la difficulté à m’adapter au Québec. Je me sens sans pays. Comme francophone hors Québec, j’ai pu de place.»

Ce documentaire de Radio-Canada répond à très peu de questions, mais en pose plusieurs très percutantes.

Est-ce que le Nord de l’Ontario est vraiment si différent du Nord québécois? Est-ce le Québec oublié? Qu’est-ce qui nous empêche de faire nos valises et de déménager au Québec? Est-ce qu’une «culture bilingue» est possible ou souhaitable? L’assimilation pose-t-elle problème dans le Nord ontarien? Est-ce que les choses ont changé? Est-ce les gens de Kap se sentent franco-ontariens? Does it even matter? Est-ce même un enjeu? Est-ce qu’on y réfléchit? Avons-nous trouvé notre nom? Cherchons nous encore un pays?

Bonne réflexion, cher toi.

«Il n’est pas injuste de rappeler aux francophones qu’ils sont une race de vaincus et que leurs droits n’existent que grâce à la tolérance de l’élément anglais, lequel, avec tout le respect dû à la minorité, doit être considéré comme étant la race dominante.»

– George Drew, premier ministre de l’Ontario, 1943

Tricia Foster : Marginale et triomphante

Ses fans habitués risquent d’être un peu déstabilisés. Tant mieux.

Négligée, le nouvel album de Tricia Foster, s’installe confortablement dans la marge de ce qui se fait habituellement en musique francophone au Canada. Une bouffée d’air frais.

Plongeant entre le trip-hop (Pendule), le drum & bass (M. Le Temps) et le jazz atmosphérique (Leaves), la grande fille avec une grande gueule née dans un trailer park près de North Bay dans le Nord de l’Ontario nous livre un album sombre, saupoudré de fébrilité et minimaliste à nous faire ronger les doigts. Gros phat beat qui fade out pendant une montée fulgurante de cor français. La négligée sait séduire.

Avec Olivier Fairfield (Timber Timbre, Iceberg) à la réalisation, on découvre une Tricia Foster complètement dans son élément. Sa livraison saccadée de texte sans retenue se colle parfaitement aux grooves planants, aux textures rudes et aux ambiances tendues créés par les cors français d’Erla Axelsdóttir et de Pietro Amato (Torngat, Bell Orchestre, Arcade Fire). La guitare se fait discrète, la voix est croustillante, les textes mûrs sont teintés d’images éclatantes, tout comme celle qui les chante. D’ailleurs, belle surprise : sur la deuxième pièce sur l’album, D’éclats de peines, Tricia chante un poème de Brigitte Haentjens tiré du recueil du même nom.

It grows on you. C’est un album qui passerait sous le radar à une seule écoute, mais qui s’avère triomphant après l’avoir dans l’casque pendant plusieurs semaines. Négligée marque clairement une renaissance pour l’artiste qui s’installe quelque part entre de l’early Ariane Moffatt et une Betty Bonifassi pré-Beast. L’artiste plonge entre le français et l’anglais sans hoquets et sans cérémonies, comme toute bonne Franco-Ontarienne. Les deux univers ne sont qu’un seul.

Tricia Foster nous livre son album le plus audacieux et authentique à ce jour. Un album pop percutant d’une grande dame qui mange du groove pour déjeuner, qui a peur de tout mais qui s’arrête à rien et qui ne mâche pas ses mots.

Reste à voir si l’Ontarienne qui a l’habitude de trop parler en show réussira à transposer l’atmosphère monastique en spectacle. Elle fera bien ce qu’elle voudra. C’est comme ça qu’on l’aime.

À écouter et réécouter trop fort et sur vinyle.

Pour les fans de

Betty Bonnifassi, Ariane Moffatt, Torngat

Moments forts

M. Le Temps, La 17, Pendule, D’éclats et de peinte

«Vidéo moche, mais musique intéressante» – Olivier Lalande, journaliste Nightlife et le Voir. Ditto.

Primordialogues inédits

Toutes les deux semaines, depuis quelques mois, je prépare une petite section de poésie pour le journal Le Voyageur. Dernièrement, je m’inspire des nouvelles que j’ai couvertes afin de produire des poèmes parfois plutôt absurdes. Cette semaine, nous n’avions pas assez d’espace dans le journal pour publier le poème d’actualité. Si vous êtes lecteurs du journal Le Voyageur, essayez donc de deviner les histoires qui ont inspirées le texte!

Si vous me permettez, je vous invite à me soumettre des textes poétiques pour la rubrique poésie de Le Voyageur.


voyages, le 23 mai 2012

je m’entoure de livres comme un observatoire de neutrinos
s’entoure de roche s’enfouit dans le bouclier canadien
et cherche à décortiquer le destin d’à peu près tout
ce qu’on ne peut et ne peut pas voir

l’énergie noire des physiciens fait rayonner l’univers
vers l’infini de plus   en plus   rapidement
la synergie de l’esprit et la page blanche
fait krak boom big bang
big crunch

j’ai un poème entre les dents

je tiens ma plume comme le bras
d’une machine à sous
si je perds les lumières   s’éteignent
le trou noir m’aspire
les physiciens

applaudissent

je tombe dans la page blanche comme un astéroïde
tombe sur la terre   creuse le lac Wahnapitae
ici   un jour   il y aura des poissons
ici   un jour   il y aura une Première Nation
ici   un jour   il y aura une conférence de presse

je prends des notes


au concours de beauté de mademoiselle univers canada
on demande aux candidates si les zombies
devraient être protégés par la loi
contre l’intimidation

le silence des soi-dites beautés
en dit long

on leur chuchote une indice



« … brains… »


quand les anglophones revendiquent
leur propre greater sudbury book fair
on les dirige vers le Chapters
un peu   pas trop
jaloux


sur le toit du centre Rainbow
Edgar Allan Poe joue au baseball   chique du tabac
lance le corbeau comme une chanson de country
tout le monde   frappé de mélancolie
laisse tomber leur gant
descend l’ascenseur
se met en ligne pour
The Avengers

poésie vs. popcorn

les hurlements du Hulk   sous-titrés en français
« j’ai besoin d’un nom »
c’est un smash

Accent grave

La télévision, nous dit-on, est un médium en voie de disparition. Video killed the radio star. La technologie avance et la télévision, avec ses horaires fixes et ses publicités invasives, ressemble de plus en plus à un dinosaure que l’on abandonnera sous peu.

Il est vrai que les modes de diffusion de la télévision ne sont plus les mêmes. C’est le cas depuis l’arrivée du câble. Puis après ça le Pay-Per-View. Ensuite est arrivé HBO avec la boxe et les séries exclusives. Ensuite, le câble numérique a fait exploser les chaînes spécialisées, et donc aussi la tarte des annonceurs. Dès lors, on commence à annoncer la mort imminente de la télévision généraliste, de la programmation régionale, du basic cable à l’ancienne, au profit de ces nouvelles chaînes spécialisées. La vague de l’individualisme ne faisait que commencer; arrivent par la suite les coffrets DVD, les torrents piratés, les sites de streaming à Hong Kong, les PVR, tou.tv, Illico, etc.

Malgré tout cela, la télévision généraliste survit. Elle survit, et peut même connaître du succès. Parlez-en aux frères Rémillard. En transformant TQS en V télé, ils ont prouvé qu’avec une bonne stratégie, on peut être profitable. Avec leur programmation frugale, leur stratégie Web, et un respect pour leur public cible, ils ont renversé la tendance.

Ce n’est pas pour dire que c’est facile. Il faut créer du contenu de qualité pour qu’il soit visionné, consommé par la masse. Le public, plus intelligent qu’autrefois, sait ce qu’il veut et sait comment le trouver.

Ce qui m’amène à cette nouvelle chaîne franco-canadienne, Accents. Un genre de APTN de la francophonie canadienne. Une chaîne comme celle-ci, me semble-t-il, doit avoir pour but d’avoir un impact sur les communautés francophones canadiennes. Si tu veux un impact, il faut que le monde te regarde, c’est la base. La vidéo promotionnelle auquel on a eu droit est idéologique au boutte. On lance à tous bouts de champs l’idée du pays, on parle des Acadiens, on montre des jeunes qui veulent en savoir plus sur les autres cultures francophones du pays, sur la langue qui nous unit, etc. Edmonton, Vancouver, Moncton. Métis, Franco-Manitobains, Acadiens. Du beau nationne-buildingue. Par contre, tout au long de la vidéo, je n’entends rien sur le Québec. Et là, je veux dire rien. On parle du Canada, du pays, des 9,5 millions de francophones. J’entends des accents, mais pas d’accents québécois.

C’est absurde. C’est grave. C’est stupide. Le Québec a l’expertise, l’expérience. En plus, les Québécois se sont servis de la télé pour s’émanciper culturellement. C’est au Québec que se fait la télévision francophone de qualité au Canada. Il existe, au Québec, un marché médiatique de masse en français. Des vedettes. Du prime time. Des late show, de la télé réalité, du documentaire, des quiz. De la bonne télé, de la moins bonne télé, mais de la télé que l’on regarde. Et on veut créer une télévision généraliste sans eux? Dans quel but? Pense-t-on vraiment pouvoir créer assez de bonne programmation franco-canadienne pour remplir une grille horaire? On a TFO depuis des années, en Ontario, en Acadie, pis oui, au Québec, et on a encore pas nécessairement une grille horaire de qualité. Mais TFO grossit. De plus en plus de gens regardent de plus en plus TFO. Pourquoi ne pas juste booster TFO, continuer dans cette veine?

Bon. Je n’ai plus vraiment envie de chialer. Je veux juste souligner, en fin de billet, que cette initiative nous est présentée par la Fondation canadienne pour le dialogue des cultures. Est-ce que je peux me demander entre quelles cultures on essaye de créer un dialogue? Selon moi, et c’est vraiment juste moi, le seul dialogue que l’on devrait chercher à ouvrir en est un entre la masse québécoise, canadienne, francophone, et les petits ilots de francité ailleurs dans la mer anglo-américaine. Faudrait pas manquer le bateau, la mer a l’air rough.