Ode aux accents

Je suis québécoise et depuis peu, je travaille dans le domaine de la radio, ici, en Ontario. Mon travail exige que je fasse des efforts pour avoir un certain niveau de français. Ça va de soi, puisque ma voix et mon parler sont mes outils de travail (outils sur lesquels j’ai travaillé pendant deux ans, au collège, et sur lesquels je continuerai à travailler toute ma vie).

Depuis mon arrivée dans la province, il m’est arrivé à quelques reprises que des gens me disent être gênés lorsqu’ils parlaient avec moi parce qu’ils trouvaient qu’ils ne «parlaient pas bien français».

Amis franco-ontariens, je tiens à mettre une chose au clair avec vous, ainsi qu’avec l’ensemble des francophones et des francophiles de ce monde : arrêtez tout de suite de vous sentir mal de ne pas «bien parler français».

S’il y a bien une chose qui rend le français magnifique, c’est ses milliers d’accents provenant de partout dans le monde. Pour moi, le fait que notre langue se présente sous plusieurs formes reflète la diversité des gens qui la parlent et prouve qu’elle évolue, qu’elle s’adapte, qu’elle est vivante.

Qu’elle soit parsemée de «là, là», comme au Saguenay-Lac-Saint-Jean, ou que celui qui la parle termine ses phrases avec des «de» (franco-ontariens, vous savez de quoi je parle de), ma langue, je l’aime et je la trouve belle.

Bien sûr, il y a quand même un certain code à respecter pour ce qui est de l’écrit. Je considère qu’avoir une écriture de qualité est primordial, peu importe la langue. De toute façon, écrire et parler sont deux choses bien distinctes. Je crois toutefois qu’il faut parler le français avec notre cœur, sans avoir peur d’assumer la manière dont il a été façonné par notre histoire.

Bref, que vous ayez un accent belge, québécois, franco-ontarien ou rwandais, ce n’est pas important. L’important, c’est de continuer à parler le français, à le transmettre avec toute sa complexité et sa richesse et, d’abord et avant tout, d’en être fier.

  • Bibi

    BIBI
    Ode aux accents!  Quel beau texte qui parle de la réalité francophone en Ontario et ailleurs.  La langue prend une saveur différente selon la région géographique et les expériences de vies!

  • Rhéa

    Merci ta gueule!! J’aime beaucoup les gens que je connais qui travaillent à RadCan à Sudbury et je veux qu’ils sachent que ce commentaire ne se dirige pas à eux autres…mais parfois, je viens tellement frustrée de ne pas nous entendre sur CBON!! Car le message caché est que notre français est pas assez bon pour passer à une radio qui aborde la culture, la littérature, la poésie….comme si on ne pouvait pas parler en franco-ontarien et aimer la poésie et la littérature de la France ou du Québec….please stop insulting me!!!!!!

  • Jacques Dumézil

     Quand on se jette des fleurs sur la qualité de son français, la moindre des choses, c’est de l’écrire correctement. « c’est ses milliers d’accents », ça fait mal aux yeux. Je reconnais bien dans ce texte la morgue de certains québécois installés en Ontario et qui sont persuadés que leur français est meilleur. J’imagine bien que l’auteur de cet article ne cherche pas à blesser, au contraire. Et je crois volontiers à son élan de fraternité pour ses cousins franco-ontariens. Mais voilà, l’enfer est pavé de bonnes intention. Cette attitude me rappelle celle de ces français d’Europe, ces « maudits français », qui se permettent de juger le français des québécois. Ou au contraire, avec une sorte de paternaliste insupportable, s’attendrissent devant les particularismes canadiens. Amis québécois, vous n’aimez pas l’attitude hautaine/paternaliste/donneuse de leçons des « maudits français » ? Alors souffrez que les franco-ontariens ne gouttent pas votre attitude. Et je suis d’accord avec Rhéa. On aimerait entendre un peu plus  de franco-ontariens (et d’immigrants) sur les ondes de Radio-Canada. Histoire qu’elle mérite mieux son nom officiel, et un peu moins le surnom qu’on lui donne par chez nous : Radio Belle-Province. 

    • Contrairement à ce que vous semblez croire, je n’exprime pas ici une quelconque condescendance à l’égard des franco-ontariens et je ne me vante pas sur la qualité de mon français (quand j’affirme que je vais travailler là-dessus toute ma vie, c’est que je reconnais que j’ai encore beaucoup de chemin à faire).
      En fait, je ne juge pas que le français en Ontario est inférieur, contrairement à ce que beaucoup trop de québécois pensent. Je suis contre cette façon qu’ont les gens de «classer» les francophones en fonction de critères qui sont d’abord et avant tout des préjugés, selon moi.
      Si vous avez vu à travers mon article une sorte de compassion hautaine et paternaliste, c’est que je me suis probablement mal exprimé, puisque c’est tout le contraire que je défend.
      Vous êtes-vous promené au Québec? Avez-vous discuté avec les gens? Si oui, vous avez constaté comme moi que ça ne vole pas haut en ce qui a trait à la qualité du français (ce qui est d’autant plus désolant sachant que c’est souvent la seule langue qu’il maîtrise, contrairement à la majorité des francophones hors-Québec, qui sont bilingues).
      Vous avez regardé la télévision française? Vous avez discuté avec des Français? Je ne sais pas si c’est moi, mais il me semble que la mode chez nos cousins européens depuis quelques temps est de dire le plus de mots anglais possibles à chaque fois qu’ils ouvrent la bouche.

      Donc, non. Je ne considère absolument pas que le fait d’être québécoise m’accorde une quelconque forme de supériorité en matière de français.

      J’ai un accent québécois. Je l’assume. Et c’est pourquoi j’invite tous mes amis à être fiers du leur et à arrêter d’en être complexés.

      • Thechagri

         Oui, je me suis beaucoup promené au Québec, et oui, je connais beaucoup
        de français. Je sais qu’ils utilisent de nombreux mots anglais, mais ils
        ne rattraperont jamais les canadiens dans ce domaine…
        Je ne pense
        pas qu’une langue soit de plus ou moins bonne qualité. Elle répond à des
        standards différents, sans doutes. Mais je m’oppose à l’idée qu’il faut
        être esclave de la langue que l’on parle. En fait, ça devrait être
        l’inverse. Une langue est un outil de communication, et c’est comme ça
        que je la conçoit. On peut aimer le beau langage, on peut faire des
        efforts et prendre du plaisir à écrire et lire des textes dans un
        français soutenu, mais la langue existent parce qu’elle est parlée. Elle
        s’adapte et évolue en permanence.

        Je sais bien que vos
        intentions sont louables, et que vous ne cherchez pas à rabaisser les
        franco-ontariens, que vous semblez bien connaître. Je reconnaît à sa
        juste valeur votre ouverture d’esprit. Le seul fait que vous écriviez
        sur ce site en est un gage, alors que de trop nombreux québecois (y
        compris parmi ceux qui vivent en Ontario) ignorent l’existence des
        francophone « hors Québec ».

        Seulement, il y a le texte et
        l’hypertexte. Le premier niveau d’interprétation et le second. Que vous
        ayez choisi comme premier texte publié ici une « ode aux accents » est
        loin d’être anodin. Il en sort l’impression que vous donnez aux
        franco-ontariens la permission d’avoir un accent et une manière de
        parler différente du français québecois standard. On dirait aussi que
        vous partez du postulat que les québecois parlent mieux français. Bref,
        vous avez précisé dans votre commentaire votre pensée, et vous avez bien
        fait.
        J’ai sûrement réagi de façon un peu impulsive, mais il faut me
        comprendre. Je suis tellement « tannés » des remarques méprisantes des
        québecois sur nos accents que je vois le mal partout.

        Ensuite,
        je ne suis pas très à l’aise avec l’idée qu’il faille être fier de son
        accent. Il ne faut pas en avoir, c’est certain, mais je ne vois pas en
        quoi un accent est un motif de fierté.

        • Jacques Dumézil

          petite coquille : « Il ne faut pas en avoir honte, c’est certain »

  • Jacques Dumézil

    Oui, je me suis beaucoup promené au Québec, et oui, je connais beaucoup de français. Je sais qu’ils utilisent de nombreux mots anglais, mais ils ne rattraperont jamais les canadiens dans ce domaine…
    Je ne pense pas qu’une langue soit de plus ou moins bonne qualité. Elle répond à des standards différents, sans doutes. Mais je m’oppose à l’idée qu’il faut être esclave de la langue que l’on parle. En fait, ça devrait être l’inverse. Une langue est un outil de communication, et c’est comme ça que je la conçoit. On peut aimer le beau langage, on peut faire des efforts et prendre du plaisir à écrire et lire des textes dans un français soutenu, mais la langue existent parce qu’elle est parlée. Elle s’adapte et évolue en permanence.

    Je sais bien que vos intentions sont louables, et que vous ne cherchez pas à rabaisser les franco-ontariens, que vous semblez bien connaître. Je reconnaît à sa juste valeur votre ouverture d’esprit. Le seul fait que vous écriviez sur ce site en est un gage, alors que de trop nombreux québecois (y compris parmi ceux qui vivent en Ontario) ignorent l’existence des francophone « hors Québec ».

    Seulement, il y a le texte et l’hypertexte. Le premier niveau d’interprétation et le second. Que vous ayez choisi comme premier texte publié ici une « ode aux accents » est loin d’être anodin. Il en sort l’impression que vous donnez aux franco-ontariens la permission d’avoir un accent et une manière de parler différente du français québecois standard. On dirait aussi que vous partez du postulat que les québecois parlent mieux français. Bref, vous avez précisé dans votre commentaire votre pensée, et vous avez bien fait.
    J’ai sûrement réagi de façon un peu impulsive, mais il faut me comprendre. Je suis tellement « tannés » des remarques méprisantes des québecois sur nos accents que je vois le mal partout.

    Ensuite, je ne suis pas très à l’aise avec l’idée qu’il faille être fier de son accent. Il ne faut pas en avoir, c’est certain, mais je ne vois pas en quoi un accent est un motif de fierté.

    • Mini

      Les accents sont, pour la plupart du temps, fidèles à nos origines. Être fier de son accent démontre que nous sommes fiers de ce que nous sommes, de l’endroit d’ou l’on vient ! Du moins c’est mon opinion 🙂