L’ennemi parmi nous

On a beau critiquer les actions originaires de la communauté anglophone de l’Ontario, mais ce serait oublier un grand problème existant chez les jeunes Franco-Ontariens. Si ce n’est pas la réalité de toute la province, ce l’est au moins dans la région de Toronto, où cohabitent deux conseils scolaires de langue française. De l’extérieur, ces bâtisses représentent tous les exploits et les sacrifices des Canadiens français s’étant battus pour leurs droits, des Patriotes à nos jours. On s’attend alors à y retrouver des jeunes fiers de leur langue, de leur culture et de leur héritage. Malheureusement, on sait bien que les apparences sont très souvent trompeuses, comme dans ce cas. En y posant pied, on n’entend pas un seul mot de français de la part des élèves. En effet, c’est l’anglais, et même parfois l’arabe, qui y est la langue d’usage. James Whitney, le Premier Ministre de l’Ontario qui a fait passer le célèbre Règlement 17, en serait très fier.

Il est vrai qu’autrefois l’ennemi du Canadien français était l’Orangiste, mais de nos jours, il est son propre ennemi. Pourrait-on vraiment dire que tous les élèves de ces écoles dites francophones sont des Franco-Ontariens? Aucunement. Ce serait une terrible insulte envers tous ceux et celles qui ont tant fait pour les droits des Canadiens français, mais surtout des Franco-Ontariens. Tandis que certains renient leur héritage francophone, d’autres le dissimulent. Ce n’est qu’une petite minorité qui s’affirme et se dit fière. Évidemment, ce n’est pas facile pour eux, se retrouvant comme victimes dans l’institution qui se devait de les protéger. Ils se font ouvertement appelés « fags » et on les critique pour leur choix linguistique pas « cool », mais qui est, après tout, le leur.

Si un étudiant francophone voulant s’exprimer dans la langue de ses aïeuls dans une école francophone se fait demander : « Why are you speaking french? », alors comment peut-on espérer une solidarité franco-ontarienne? Si un étudiant demandant à son enseignant d’éducation physique s’il peut regarder une vidéo d’exercices en français se retrouve sur le banc dans ses équipes sportives, comment peut-on croire que ces écoles promeuvent vraiment notre culture et notre langue? Si un enseignant crie après une élève de neuvième année ayant demandé de regarder une vidéo en français et qu’elle en pleure, peut-on espérer un meilleur avenir pour notre minorité? Si, dans une école, un élève ne peut être lui-même sans être persécuté, arrêtons de dire que tout va bien et cherchons des solutions.


Photo : Archives de la ville de Toronto

  • Geneviève

    Wow…y as-tu quelqu’un qui peut distribuer ça aux Conseils scolaires svp? pis aux écoles individuellement…au cas où le conseil en ferait rien…ah pis tant qu’à y être, aux profs…pis ben pourquoi pas le faire lire aux étudiants de l’UL qui sont présentement en Éducation…

    Chers franco-ontariens (je ne me comptes pas de votre gang encore, je n’ai pas votre vécu, vos batailles sous la ceinture – ça ne fait que très peu d’années que je me trouve sur votre territoire), vous êtes un peuple très fort, au coeur vaillant. Bravo!

    • MonOeil

      Ils sont au courant, crois-moi.

  • Arthur Laliberté

    Troublant! Ma fille a vécu une situation semblable. On lui disait de parler en anglais si elle voulait jouer avec des élèves. Et lorsqu’elle suivait les surveillantes dans la cour d’école et se retrouvait seule, on l’accusait d’être antisociale et d’être incapable de jouer avec les autres. Au fond, elle était une élève avec des besoins particuliers – elle était francophone et fière de l’être dans une école francophone où rêgnait la culture et la culture anglaise.

    • MonOeil

      À chaque parent ou élève qui a vécu quelque chose du genre (surtout lorsque c’est récent), écrivez à votre Conseil. Composez une belle lettre avec des détails et demandez un suivi.

      C’est inacceptable et je ne tolérerais pas ceci. S’ils ne répondent pas, vous pourrez toujours encadrer votre lettre et l’afficher ou bien même la faire publier (ex. sur le net).

  • Jacques H. Grenier

    Déménagez au Québec il est trop tard pour vous. Sinon arrêtez de vous plaindre. Vous ne faite qu’accélérer la défaite du francais au Canada.

    • La terreur de Coppell

      excusez-moi M. Grenier, mais arrête de pisser dans ma cour pis commence par regarder dans la tienne … on est pas des québécois, on est pas des Françays…on est des francos pis on a droit de parole, d’existence, pis même d’être financés par les fonds publics pour le faire faque si ça te tente d’embarquer, passe le pont, pis viens vivre chez-nous…ça nous en fera un de plus sur notre bord…on aime ça nous, de l’immigration de qualité.

      • jacqueshg

        C’est vrais qu’a Coppell, il n’y a pas de danger que le francais se perde.

    • Bibi

      Quoi?  Mais quelle ignorance!!  C’est en se parlant, en chialant, en communiquant, en écrivant et en se lisant qu’on va continuer d’avancer.  Quand on cesse de parler on abdique.  En passant, les claviers français (avec un c cédille;ç) existent! 

      • jacqueshg

        On ne peut pas abdiquer ce qui est perdu

        • MonOeil

          Quand les autres groupes en Ontario en arriveront à la même conclusion et se calmeront, peut-être. D’ici là, je n’accepte pas d’entendre des plaintes et activisme d’autres groupes lorsque le notre est toujours en crise.

  • La terreur de Coppell

    Tout ça est déplorable, c’est sûr! C’est comme ça qu’à chaque génération on perd un peu plus de francophones…MAIS on as-tu fini de patrimoiniser le français? Il faut que les jeunes voient que le français est une langue actuelle, moderne, qui sert à autre chose qu’à recevoir des détentions pour avoir parler l’autre langue!!! Combien d’enfants sont originaires de familles exogames? Que fait-on pour appuyer ces familles au lieu d’en parler comme des foyers d’assimilation? Personne ne s’attend à ce qu’un jeune de 15 ans ou 16 connaisse tout en maths, histoire, science etc…mais on leur chie dessus parce qu’ils ne parlent pas une langue qui pour eux, est la langue de Pépé…et oui, c’est un éternel recommencement…so what…éducateurs, parents, commençons-donc par nous regarder, pis voir l’appui qu’on donne à nos jeunes avant de chialer que ça ne parle pas français dans les corridors?!!?

    • Éric Desrochers

      Le plus grand problème que je vois c’est le manque de culture chez ces jeunes. Je ne dis pas qu’ils sont sans culture, mais plutôt qu’ils n’ont pas de bases suffisantes dans la culture canadienne-française. Ils identifient le français à Molière, Carmen Campagne et de la musique de violoneux. On peut donc comprendre pourquoi leur esprit est si fermé. L’école a évidemment failli à sa mission de transmission de culture. Par contre, ce n’est pas seulement une assimilation, mais un conditionnement à la haine envers ceux qui parlent français. Ça me dérangerais moins si ils nous énervaient pas. Après tout, on est en 2012! Toutes ces notions de discrimination et d’intolérance ne devrais pas exister chez nous, surtout si c’est de la discrimination envers quelque chose qui est une part de soi. Si quelqu’un démontre de l’intolérance envers quelque chose qui lui est complètement étranger on peut comprendre, mais coudonc, si t’as du sang francophone dans les veines, tape-moi pas dessus à cause que je parle NOTRE langue!

    • MonOeil

      La rétention est un des points les plus importants dans les écoles de langue française. Malheureusement, ce « besoin » finit par se transmettre par des politiques internes ridicules tel de tenter de plaire les parents à tout prix et de ne pas expulser des élèves qui l’auraient été dans la plupart des conseils anglophones.

      On devrait penser à la qualité avant la quantité: comme certains qui ont étés dans les écoles de langue française en Ontario peuvent témoigner, nos services sont la malbouffe de l’éducation…au nom de la retention!

  • Joel_nb

    Merci du témoignage, Éric.

  • n1c4o7a5

    Merci d’avoir finalement mis tout ce que notre groupe pense et ressent en mots. La lutte est loin d’être terminée Éric, et sans toi, ce sera dur, mais elle continuera!

  • MonOeil

    L’Ontario et la diversité culturelle est de mise…sur papier. 

    On a reconnu légalement plusieurs droits de francophones au Canada (hors Québec). Cependant, ceci nous rend très impopulaire auprès de plusieurs allophones.

    Le plus grand ennemi est nous-même et, également, l’intolérance des populations allophones.

    Ce fût définitivement le cas au Québec… je pourrais nommer certains groupes allophones particuliers, mais ce ne changerais pas la réalité: tous groupes ont des intérêts politiques et il est possible que des minorités se frappent à d’autres pour des enjeux fort similaires.

    L’ironie!