La génération franco-prime

« Franco-prime! » s’exclama l’enseignante.

« But Madame, I don’t even know how to say ‘Mega-Zord’ in French! » réponda l’enfant.

« Maintenant tu vas m’en devoir deux ».

« This sucks! I never get to go to the Franco-fête madame! » s’exprima à nouveau l’enfant.

« Bon ça y’est, tu as déjà perdu tes trois franco-primes pour la semaine, Jeffrey. »

Une scène fréquente dans les salles de classe de l’Ontario français des années 90. Visant à encourager les jeunes à parler en français en leur accordant une récompense à la fin de l’année (encan, sortie scolaire ou autre), les Franco-primes ont souvent eu l’effet inverse dans les écoles franco-ontariennes.

Étant donné le manque de succès de ce système, il a finalement été écarté au début des années 2000 en raison de la hiérarchisation (non voulu) qu’elle créait au sein des salles de classe de l’Ontario français. Toutefois, un équivalent a été créé depuis : les Étoiles du mois. Au lieu de récompenser les enfants avec des sorties scolaires ou des encans, on fait tout simplement proclamer le fait qu’un enfant parle plus souvent le français que ses camarades de classe devant l’école au complet durant une cérémonie au gymnase et on lui accorde un certificat.

Bien que l’initiative vise à souligner l’effort que fait cet enfant et faire de lui l’exemple à suivre pour ses camarades de classe, la pratique demeure problématique à plusieurs égards.

Premièrement, en créant une hiérarchisation de la langue dans les salles de classe comme les Franco-primes le faisaient jadis, les Jeffrey de l’exemple ci-dessus n’ont habituellement aucune chance de remporter un tel certificat ou d’être valorisés pour l’effort qu’ils consacrent à parler le français.

Un deuxième problème n’est pas le fait qu’on cherche à souligner le franc-parler des « étoiles du mois », c’est plutôt le fait qu’on cherche à valoriser ce qui devrait être la norme. Existe-t-il des initiatives où l’on souligne le fait qu’un élève parle mieux l’anglais que le restant de ses camarades de classe dans les écoles de langue anglaise de la province?

Finalement, il faut souligner le fait que ce genre de système n’a pas les effets voulus. Au lieu de rassembler les élèves au gymnase de l’école pour une cérémonie mensuelle, ne pourrait-on pas concevoir une activité en salle de classe où les jeunes seraient responsables de consommer de la culture francophone en salle de classe? Au lieu qu’on impose le premier disque de Gabrielle Destroismaisons (il a dix ans quand même…) durant une session formelle de formation culturelle, il serait sans doute plus sage de laisser les élèves guider la recherche culturelle. Pourquoi ne pas les envoyer faire une recherche collective dans Internet afin de trouver un nouveau disque de musique ou un film de langue française pendant 30 minutes?

On me dira que le « big bad Internet » est plein de cochonneries et que ça ne serait pas prudent de faire ainsi. Est-ce vraiment plus dangereux de faire une recherche pour de la musique émergente ou des clips d’émission de télévision que de faire une recherche sur Jacques Cartier? Ne vous inquiétez pas, ça sera sans doute moins pire que le contenu du nouveau Call of Duty que vous avez acheté à votre enfant la semaine dernière (la cote M désigne 17 ans et plus pour de très bonnes raisons…) Il semble que cela serait une utilisation plus efficace non seulement des outils disponibles aux écoles (connexion Internet, projecteurs multimédias, tableaux d’affiche) mais également du temps de préparation des enseignants. Cette solution réduirait effectivement le montant de travail qu’engendre la formation culturelle dans les écoles de langue française de l’Ontario.

Qui le sait? Peut-être que les enseignants profiteraient aussi de ces recherches…

  • Arthur Laliberté

    D’accord qu’il ne faut pas exclure et stigmatiser les gosses qui parlent peu le français, toutefois il est important de valoriser les efforts des élèves qui font un effort de parler français. Ces jeunes se font souvent critiquer de leur amour pour le français – il faut les reconnaître et les valoriser. Oui, finissons en avec les systèmes punitifs. Un OUI au besoin de valoriser les chevaliers jeunesses francophones qui résistent à l’invasion de l’anglais dans leur milieu scolaire!

    Pour ce qui est de la promotion des artistes, tout bon enseignant branché saura qu’on peut varier le choix musical et qu’il est possible de faire les élèves décvouvrir des artistes franc-ontariens et d’ailleurs. Je crois que cet effort se fait chez certains.

    • Arthur, pourquoi faudrait-il valoriser la norme? Lorsqu’un enfant s’essuie le cul après qu’il est allé chier, faut-il l’applaudir? Peut-être que c’est nécessaire au niveau de la maternelle, mais après ça… ouache.

      Je pense que Bibi a raison en disant que le système a été abusé. Pareil pour Félix. Les anglicismes de notre vocabulaire, il faut les accepter. Surtout pour des mots comme « cool » ou « fun » qui auraient probablement été prononcés à la française de toute façon.  

  • Oh crime, je me rappelle de ça à la petite école… Comme c’était gossant!

  • Quand je n’avais pas le droit de dire « cool » ou « fun », parler français c’était beaucoup moins cool et fun.

    • Bibi

      Vrai sûrement.  Mais n’est-ce pas le temps d’oublier le passé (dans lequel certaines personnes ont fait des erreurs mais tout en voulant aider à la cause) et de se responsabiliser?  On n’est plus des enfants de la petite école…  Il faut arrêter de blâmer les autres et prendre les moyens pour avancer et évoluer.  Ça s’rait cool non?

  • Valérie

    En effet, impliquer les jeunes dans leur apprentissage et en leur laissant la liberté de trouver quelque chose qu’ils aiment tout en restant dans un cadre francophone, c’est gagnant.

    • J’ai toujours dit que ce n’est pas avant que j’aie lu du Patrice Desbiens et que j’ai appris à sacrer en français que j’ai senti un sens d’appartenance à cette langue.

  • BIBI

    Les systèmes tels que les franco-primes n’étaient pas toujours parfaits et certains éducateurs et éducatrices ne s’en servaient pas toujours de manière positive. Or, j’entends souvent les jeunes adultes se plaindre du fait que le monde de l’éducation ne fait jamais rien pour encourager la langue et la culture francophone dans les écoles. Ici ce n’était pas le cas. Les franco-fêtes avaient pour but de créer des activités qui se déroulaient en français (érablière,sortie de ski…)

    • seulement pour ceux qui remplissaient les conditions, qui étaient d’habitude ceux qui n’ont pas besoin qu’on les tienne par la main pour leur montrer la culture francophone

    • La seule chose que tu recevais avec 0FP c’est une crisse de longue retenue, du travail de grammaire à tonne. Puis moi, j’ai déjà abouti là dedans. Je pouvais dormir au lieu de célébrer une fausse fierté. Aujourd’hui, j’ai réalisé que j’ai eu la meilleure deal lorsque j’en avais pas de franco prime.

      La fierté francophone ne s’achète pas avec de l’argent photocopiée. Ni avec de la vraie.

      • Bibi

        Dommage que tu aies vécu ces longues retenues et travaux de grammaire.  Tes enseignants ont mal employé le système de FP qui devait servir à valoriser et non être punitif mais plutôt positif.  Malheureusement certains s’en servaient comme méthode de discipline!  Je vois que le petit système de FP n’a pas brimé ta fierté d’être francophone ni la facilité avec laquelle tu t’exprimes en français.  Bravo à toi! Laisse tomber les niaiseries d’école. On a tous un travail à accomplir et on fait tous des erreurs de parcours!  Ce n’est pas en jugeant, en blâmant les autres qu’on accomplit qqchose.  Il faut se responsabiliser et continuer à avancer.  

        • Mais ce n’est pas moi le problème. C’est l’autre 80% des étudiants qui finissent par graduer avec un français pourri parce qu’un conseiller pédagogique s’est mal expliqué au sein de les écoles.

          Tu as raison, mais en même temps tu te trompes. C’est en jugeant le passé qu’on ne cometera pas à nouveau les mêmes erreurs. 

      • AlexandreDisqus

        « Ni avec de la vraie. »

        Hmm… Le système aurait probablement été plus efficace si l’argent étai vrai… 😉

  • Steve O

    Moi j’ai toujours été à l’école avec un bon nombre de Québecois (la réalité des bases militaires) et c’était toujours eux qui gagnaient les concours de même, habituellement à cause qu’elles ou ils n’avaient pas encore appris l’anglais.

  • Arthur Laliberté

    Les élèves timides qui ne parlaient pas étaient gagnants. Puisqu’ils ne parlaient pas, aucun mot anglais sortait de leur bouche! Voilà la solution pour gagner les franco-primes.

  • La terreur de Coppell

    @Arthur – un bon franco-ontarien est un franco-ontarien qui farme son grosse bouche? joke*
    Les francos-primes étaient une initiative louable avec des effets perverts…
    @Patrick – j’aime ça…on achète pas les franco-ontariens avec de l’argent photocopié!!! mdr

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